"Quelques degrés en plus se traduisent par une augmentation très forte du risque de décès" et les canicules ont des "effets en cascade sur la mortalité", expliquent à l'AFP Mathilde Pascal et Robin Lagarrigue, chargés de projets scientifiques à l'agence sanitaire nationale Santé publique France (SpF).
Q: Que sait-on des effets des périodes de canicule sur la mortalité ?
R: La chaleur a des effets multiples sur la santé physique et mentale, largement connus: elle dégrade l'état de santé général, aggrave les symptômes de certaines maladies, interfère avec des traitements médicamenteux, favorise des accidents, notamment au travail. Dans les cas les plus graves, cela va conduire au décès des personnes. La chaleur a un impact important sur la mortalité totale et pour diverses causes (respiratoires, cardiovasculaires...) pour tous les âges. Il y a aussi des impacts sur la mortalité par suicide et des effets graves sur la grossesse, pouvant conduire à la mort de l'enfant in utero. Aussi la chaleur encourage la baignade, augmentant le risque de mortalité par noyade. Enfin, les canicules ont des impacts graves sur différents secteurs de la société, comme la production d'électricité, les transports ; elles ont des effets en cascade sur la santé et la mortalité.
Q: À quel moment le risque de décès est-il le plus fort et qui touche-t-il en priorité ?
R: Le risque de décès est le plus élevé dans les premières heures suivant l'exposition à une température extrême, mais se maintient en général pendant trois jours. Cependant sur les températures extrêmes telles que celles observées actuellement, le risque peut demeurer jusqu'à 10 jours après l'exposition. Les personnes les plus à risques sont celles dont la capacité de thermorégulation est moindre du fait de l'âge comme les personnes âgées, les enfants, de l'état de santé (maladies chroniques...), de la consommation de médicaments ou de substances addictives. Les personnes sur-exposées à la chaleur dans les logements, les prisons, ou par une activité physique professionnelle, sportive ou de loisir, aussi les personnes isolées socialement, avec très peu de ressources, les personnes sans-abri.
Q: Y a-t-il un seuil de température où le risque s'accroît très fortement, ou est-ce une question de durée ?
R: L'effet de la chaleur sur la mortalité est sans seuil, il est linéaire: le risque augmente très fortement avec les températures. Aux températures extrêmes, une différence de quelques degrés Celsius peut se traduire par une augmentation très forte du risque de décès. La durée est également un facteur de risque, car elle accroit la fatigue des corps et augmente la température à l'intérieur des logements.
Q: Le corps s'acclimate-t-il au fil des jours ou s'épuise-t-il ?
R: L'acclimatation est possible dans une certaine mesure, pour des personnes en bonne santé, physiquement actives, et lorsque l'exposition n'est pas continue. Elle peut donc mieux préparer à une vague de chaleur par la suite, à condition qu'il y ait un temps de repos suffisant entre. Pour la grande majorité de la population, le corps s'épuise, en particulier lorsque le manque de sommeil induit par la chaleur, aggrave les effets de la chaleur. Si il y a peu de temps de repos entre plusieurs canicules cela peut rendre la population plus vulnérable à l'enchainement d'une seconde vague de chaleur.
Q: Quand connaîtra-t-on la mortalité liée à la chaleur ?
R: La mortalité attribuable à la chaleur est estimée après l'été car elle demande à la fois la consolidation des données de mortalité qui peuvent prendre jusqu'à un mois mais aussi de travailler sur des modèles statistiques en les rattachant à la température observée. Le bilan estival est généralement publié en début d'année suivante.