Quand médicaments et canicule ne font pas bon ménage

Déshydratation accentuée, efficacité diminuée, réactions cutanées... Certains médicaments peuvent aggraver les risques causés par les fortes chaleurs sur la santé.

- Quels risques? -

Certains médicaments peuvent aggraver les effets des températures élevées sur l'organisme : ils peuvent accentuer une déshydratation (c'est le cas des diurétiques, laxatifs, certains antiépileptiques), augmenter la température du corps (antidépresseurs, antipsychotiques, antiparkinsoniens), ou perturber le fonctionnement des reins (anti-inflammatoires et certains antidiabétiques), prévient l'agence nationale de sécurité du médicament.

Certains neuroleptiques, antimigraineux et antidouleurs puissants (opiacés) peuvent également favoriser les chutes de tension ou entraîner une somnolence, avec le risque d'oublier de boire suffisamment, détaille l'ANSM.

Lors de fortes chaleurs, le corps peut perdre jusqu'à plusieurs litres d'eau par jour et la déshydratation peut également gêner l'élimination des médicaments par l'organisme.

La transpiration peut changer l'effet des médicaments sous forme de patchs, selon l'ANSM.

Pour certains dispositifs médicaux, comme les bandelettes d'autosurveillance de la glycémie pour les diabétiques, c'est leur efficacité qui risque de s'altérer avec la chaleur.

- Soleil et médicaments, duo à surveiller -

Les médicaments dits photosensibilisants, comme certains traitements contre l'acné, le cancer, l'inflammation, les infections, l'allergie, l'excès de cholestérol et certains psychotropes peuvent provoquer des réactions cutanées lors d'une exposition au soleil: démangeaisons, rougeurs ou inflammation de la peau.

L'ANSM préconise d'éviter toute exposition au soleil en cas de prise de traitement pouvant réagir avec le soleil. Si l'exposition ne peut être évitée, elle recommande d'appliquer une crème solaire à haute protection et de se couvrir.

Une vigilance particulière est nécessaire avec les gels à base de kétoprofène, un anti-inflammatoire utilisé contre les tendinites, les douleurs de dos, l'arthrose ou les entorses. Même après l'arrêt du traitement, il faut continuer de couvrir la zone traitée pendant deux semaines.

- Quel impact sur le stockage ? -

Bon nombre de médicaments se conservent à des températures ambiantes, mais s'il fait très chaud, il est conseillé de les placer dans la pièce la plus fraîche et de les transporter dans un emballage isotherme. Il faut éviter d'exposer ces médicaments directement au soleil.

Les traitements devant être gardés entre 2 et 8°C, comme l'insuline ou la plupart des vaccins, doivent être utilisés rapidement une fois sortis du réfrigérateur, rappellent les autorités sanitaires. Pour les transporter; il faut prévoir un emballage isotherme réfrigéré, par exemple muni de pains réfrigérants pour stabiliser la température.

L'ANSM n'a pour l'heure "pas eu de remontée de décès ou d'hospitalisations liées à une conservation inadaptée en période de canicule".

- Vers une meilleure évaluation des risques -

"Il n'y a pas d'essai clinique spécifique pour développer une meilleure robustesse à la chaleur" des médicaments mais avant d'être mis sur le marché, tous font l'objet d'études de stabilité pour "vérifier si le principe actif du médicament va se dégrader en cas d'exposition à des fortes températures", explique Romain Barus du Centre régional de pharmacovigilance de Toulouse, chargé de la surveillance des effets indésirables des médicaments dans les périodes de canicule.

"C'est obligatoire et c'est ce qui va fixer les règles de conservation des médicaments", ajoute-t-il.

L'été 2025 a entraîné plus de 24.000 recours aux soins d'urgence pour des pathologies liées à la chaleur (comprenant les hyperthermies, déshydratations et hyponatrémies), selon Santé publique France.

Pour le moment, il n'est toutefois pas possible de lier ces passages aux urgences à un éventuel effet médicamenteux.

Pour pouvoir établir un lien de cause à effet, le Centre régional de pharmacovigilance de Toulouse va commencer l'an prochain à "regarder quelles sont les hospitalisations et éventuellement les décès qui sont liés à un effet indésirable qui aurait été favorisé par la canicule" en s'appuyant sur les données de l'Assurance maladie et les données météo.

Ce projet de pharmaco-épidémiologie permettrait de "quantifier le niveau de risque" autrement dit de mesurer dans quelle proportion certains médicaments augmentent le risque de complications liées à la chaleur et chez quels patients.