Quand l'énergie électrique améliore la fabrication du gazon synthétique

Plus précis et efficace, parfois moins cher, moins émetteur de gaz à effet de serre: pour un fabricant français de gazon synthétique, passer du gaz à l'électrique dans certains procédés industriels s'est révélé bon pour la planète et pour les affaires.

Depuis septembre, le Club Sportif Meginand joue sur une nouvelle pelouse synthétique. "Elle amoindrit un peu les rebonds, mais ce n'est pas un défaut, et on a de bons retours pour ce qui concerne les articulations" des joueurs, explique Clément Zulin, salarié du club rhodanien basé à Marcy L'Etoile, dont l'équipe fanion évolue au 8e échelon national.

La ville de la métropole lyonnaise, qui accueille des sites des géants industriels Sanofi et BioMérieux, a fait fabriquer cette pelouse par un bien plus petit acteur, précurseur dans l'électrification de ses procédés industriels: Eurofield.

Ce fabricant de gazon synthétique "pour le sport et le jardin", basé dans les Yvelines, mais produisant à Isbergues, dans le Pas-de-Calais, a investi en 2019 dans un nouveau dispositif pour électrifier une partie de la fabrication des gazons, la "gélification de latex".

Lors de cette étape industrielle, le latex qui se trouve au dos du tapis se solidifie, permettant la bonne fixation des fibres artificielles qui vont imiter les brins d'herbe pour répondre aux besoins des joueurs de foot.

"A l'époque, l'investissement n'avait pas été fait pour des motivations environnementales, mais par nécessité" industrielle, explique à l'AFP la présidente de l'entreprise, Suzanne Thillaye. "L'instrument au gaz était vraiment défaillant".

L'usine a l'avantage d'être installée sur un site industriel d'ampleur, avec une électricité à prix plus accessible que si Eurofield l'achetait seule, d'où le choix d'un passage à l'électricité.

Avec le recul, la dirigeante estime que les économies sur la facture n'ont pas été significatives pour l'entreprise, qui revendique "40% de part de marché sur le gazon synthétique" et employait une quarantaine de personnes fin 2024.

"En revanche, on a significativement amélioré la qualité" des produits vendus "et il est clair qu'on a décarboné avec moins de consommation de gaz", poursuit Mme Thillaye.

L'alliance pour la décarbonation de l'industrie "Allice" estime que ce changement de source d'énergie évite chaque année l'émission de 155 tCO2 par Eurofield.

- "Plus simples" -

Cette organisation, qui offre aux industriels un "éclairage indépendant" pour les aider à "construire leur feuille de route" sur les sujets énergétiques, avait pris l'exemple de l'entreprise fin 2025, détaille Léo Pasquier, coordinateur de projets à "Allice".

Les radiants électriques installés sont "beaucoup plus simples à utiliser", et la puissance est plus facilement pilotable qu'avec le gaz, explique auprès de l'AFP Madeleine Oriol, de l'entreprise qui a installé le nouveau dispositif, Sunkiss Matherm, basée dans l'Ain. La maintenance est également plus simple.

"Il y a des cas où l'électricité peut avoir ses limites", avertit Mme Oriol, prenant l'exemple de biscuits apéritifs à cuire, qui font des miettes. "Dans le gaz, c'est un peu comme un barbecue, auto-nettoyant, alors que sur des radiants électriques, cela peut carboniser et faire des courts circuits".

Il y a en outre des situations où le prix de l'électricité est dissuasif, des sites industriels qui n'ont pas accès à la puissance électrique requise... Et des pays où l'électricité n'est pas aussi décarbonée qu'en France, réduisant l'avantage du point de vue environnemental.

L'électrification reste toutefois un des plus importants leviers de décarbonation de l'activité industrielle aux yeux des autorités nationales et internationales. Elle devrait être un thème clef de la conférence de l'ONU sur le climat COP31 en novembre.

En France, le gouvernement a lancé un plan d'action en la matière en avril.

Sunkiss Matherm, spécialisé dans le séchage infrarouge, qui vend aussi des solutions fonctionnant au gaz, ne constate pour l'heure pas la même ruée vers l'électrique qu'après la crise énergétique de 2022, malgré l'impact sur les hydrocarbures de la guerre au Moyen-Orient.

Mme Oriol sent une forme d'"attentisme". "Les gens réfléchissent à deux fois avant d'investir", dans un contexte d'incertitudes élevées.

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