Protection de l'enfance : le G7 attendu sur les dangers de l'IA générative

A l'heure où s'amplifient les interdictions des réseaux sociaux aux mineurs, le G7 est attendu sur un autre front de la protection de l'enfance en ligne: la régulation de l'intelligence artificielle générative et de ses outils, vaste chantier en friche.

En amont du sommet des chefs d'État et de gouvernement à Evian (France), 95 jeunes de 19 pays se sont unis pour appeler à "protéger (leur) santé mentale d'une dépendance excessive" vis-à-vis de l'IA et de ses avatars (agents conversationnels, compagnons virtuels...).

Porté par le collectif iRaise, leur manifeste publié lundi réclame des "garde-fous" qui "ne peuvent être laissés aux seules mains des entreprises qui développent ces outils ou aux adultes qui n'ont pas grandi avec la présence constante de l'IA".

Au G7, la "protection en ligne" des enfants s'est bien frayé une place sur la liste des priorités établie fin janvier par la présidence française, mais elle risque d'être éclipsée à Evian par les grands désordres géopolitiques.

Fin mai à Paris, les ministres du Numérique des sept pays les plus industrialisés avaient pourtant estimé que l'IA générative pouvait "répliquer ou exacerber des risques déjà existants pour les mineurs", qu'il s'agisse de "deepfakes" sexuels ou de manipulation de l'information.

"Quand une innovation s'installe aussi profondément dans la vie des enfants, nous ne pouvons pas répondre par l'improvisation", a exhorté lundi Sarah El Haïry, haut-commissaire française à l'Enfance.

A l'heure actuelle, après des années d'inertie, les gouvernements se concentrent sur les risques liés aux réseaux sociaux. Le Canada et le Royaume-Uni viennent d'annoncer leur interdiction aux moins de 16 ans, une mesure en gestation en France et en Autriche et déjà en vigueur en Australie ou en Indonésie.

Mais l'encadrement de l'IA générative reste, lui, embryonnaire, hormis quelques initiatives comme en Californie qui a restreint l'utilisation des agents conversationnels après des suicides d'adolescents.

"Il y a beaucoup de choses que l'on ne sait pas encore mais nous ne pouvons pas attendre à nouveau 15 ans (comme avec les réseaux sociaux, NDLR) pour prendre les bonnes décisions pour nos enfants", a estimé lundi Clara Chappaz, ambassadrice française pour l'IA, lors d'une table ronde sur "le bien-être de la jeunesse" organisée par OpenAI à Paris.

- Santé mentale -

Les alertes sanitaires ne manquent pas.

Publiée en amont du G7, une "cartographie" de l'impact de l'IA sur la jeunesse a mis en évidence les risques de "dépendance émotionnelle" chez les adolescents, qui se tournent de plus en plus vers cette technologie.

Cette étude, coordonnée par l'ONG everyone.AI, rappelle ainsi que près de 15% des Américains de 12-21 ans utilisent l'IA générative pour des conseils en santé mentale.

En France, les 12-17 ans plébiscitent, eux, de plus en plus les échanges avec des compagnons générés par IA, révèle mardi le régulateur de l'audiovisuel l'Arcom.

Rétifs à la régulation, à l'unisson de l'administration Trump, les géants américains de la tech insistent, eux, sur la nécessité de former les jeunes pour qu'ils "apprennent à lire" l'IA et en tirent tous les bénéfices pour leur apprentissage.

"On n'apprend pas à lire en interdisant les livres", a déclaré lundi Chris Lehane, directeur général des affaires internationales d'OpenAI, lors de la table ronde à Paris, faisant le parallèle entre l'invention de l'imprimerie et celle de l'IA. "Vous devez vous assurer que les enfants sachent utiliser les livres et comprennent ce qu'ils peuvent faire avec ces informations".

Selon l'ONG 5Rights, qui défend les droits numériques de la jeunesse, les géants de la tech ne vont pas "soudainement" abandonner la stratégie consistant à dire "si vous régulez, vous allez ralentir l'innovation" mais la protection de l'enfance peut infléchir leur position.

"Les entreprises ne vont pas résister ouvertement à la mise en place de garde-fous destinés aux enfants", explique à l'AFP Leanda Barrington-Leach, directrice exécutive de l'ONG. "La protection de l'enfance est le seul domaine où on peut convaincre les États-Unis qu'il faut une supervision et des règles".

Reste à savoir lesquelles. Les pistes sont nombreuses et Clara Chappaz formule un voeu: que "les entreprises évaluent les modèles (d'IA) avant qu'elles arrivent entre les mains des enfants".