Prix du carburant: à quoi servent les certificats d'énergie?

La hausse des prix du carburant causée par les guerres au Moyen-Orient et en Ukraine conduisent certains à demander la suspension, voire la suppression, des certificats d'économie d'énergie (CEE) qui, destinés au financement de la transition énergétique, surenchérissent le prix du plein.

. Qu'est-ce que les CEE?

Créés en 2005 sous Dominique de Villepin pour permettre à la France de respecter ses obligations européennes en matière d'économies d'énergies, les CEE ciblent les fournisseurs d'énergie, EDF, Engie et TotalEnergies, ainsi que les vendeurs de carburants.

Ceux-ci doivent financer ou susciter des économies d'énergie chez leurs clients, particuliers ou entreprises, et ces économies sont comptabilisées sous forme de CEE. L'Etat fixe un objectif de CEE à atteindre pour une période donnée.

Plus de 200 types d'économies d'énergie sont éligibles aux CEE, également accessibles aux copropriétés et aux entreprises qui souhaitent rénover énergétiquement un bâtiment, ou financer des équipements industriels ou agricoles.

. Pourquoi certains veulent les supprimer?

Ces acteurs économiques répercutent généralement tout ou partie du prix sur les consommateurs.

Certains, comme le patron des Républicains Bruno Retailleau ou le libéral David Lisnard, espèrent, en les supprimant, faire baisser le prix du litre de carburant de 15 à 17 centimes d'euros. Cette fourchette rejoint celle évoquée par l'Ufip, lobby des pétroliers.

Il y a quelques jours, le président du comité stratégique des centres E. Leclerc, leader de la grande distribution alimentaire, Michel-Edouard Leclerc, avait appelé sur BFMTV/RMC à "suspendre" les "17 centimes" de CEE payés sur les énergies fossiles, pour quelques mois.

Il s'est toutefois prononcé contre une suppression pure et simple car "il ne faut pas que cela remette en cause le plan de décarbonation de l'économie française".

Le ministre des PME Serge Papin a estimé mercredi sur BFM TV/RMC qu'il y avait "un côté démagogique" à réclamer la suppression de ces CEE, alors "qu'on a besoin de financer les usages de l'électricité". Le gouvernement a plusieurs fois dit son opposition à la fin des CEE.

En 2024, la Cour des comptes avait estimé que le coût du dispositif pour le consommateur était de l'ordre de 7,3 centimes par litre sur l'année 2023, avec un coût total des CEE supporté par chaque ménage estimé à 164 euros en 2023, soit 4,32% de sa dépense énergétique annuelle moyenne (gaz, électricité et carburants).

. Pourquoi le dispositif prend de l'ampleur?

Depuis, le dispositif a pris de l'ampleur. Début 2026, le gouvernement a décidé pour 5 ans une augmentation de 27% du volume total d'obligations d'économies d'énergie que doivent financer les fournisseurs d'énergie.

Car pour l'Etat, ce dispositif présente l'intérêt d'être neutre pour ses finances, très dégradées, tout en lui permettant de financer des aides, surtout dans la mobilité électrique (bonus écologique, leasing social) et la rénovation énergétique des bâtiments. De 6 milliards d'euros en 2025, la manne est passée à plus de 8 milliards en 2026.

Cela avait provoqué une levée de bouclier du Rassemblement national, le numéro un du parti Jordan Bardella fustigeant alors un "décret de la honte" qu'il entendait faire annuler.

En réponse, le ministère de la Transition écologique plaidait que le dispositif est "un coût pour les énergéticiens, mais un gain pour les Français" qui bénéficient in fine d'économies d'énergie pérennes.

. Que financent-ils?

Un ménage peut bénéficier d'une prime s'il remplace une chaudière au fioul par une pompe à chaleur plus performante sur le plan environnemental.

Les entreprises, de toute taille, peuvent aussi en profiter. En février dernier, l'Elysée annonçait par exemple que sept sites industriels de grands cimentiers, chimistes ou agro-industriels, fortement émetteurs, allaient être subventionnés à hauteur de 1,6 milliard d'euros pour réduire leur empreinte carbone.

La moitié de cet investissement doit être financé par des CEE. De même, le très attendu four électrique qu'ArcelorMittal doit construire à Dunkerque pour un investissement total de 1,3 milliard d'euros, est financé pour moitié par des CEE.

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