Des scientifiques et des économistes reprochent aux autorités leur "inaction" dans la préservation de l'eau, dans deux tribunes publiées mercredi, à la veille de l'examen d'une proposition de loi écologiste pour protéger les captages des pesticides.
"Suspendre les politiques de protection de l'eau revient à choisir d'aggraver les contaminations et l'incidence des maladies qu'elles engendrent", estiment dans une tribune au Monde plusieurs scientifiques, dont Laurence Huc, directrice de recherche à l'Inrae, ou les toxicologues de l'Université Paris Cité, Sylvie Bortoli et Xavier Coumoul.
Cette prise de position intervient alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé un "moratoire sur toutes les décisions relatives" à la question de l'eau, afin de calmer la colère agricole, en janvier.
Il faut "au minimum, arrêter l'usage de pesticides de synthèse dans les aires d'alimentation des captages d'eau potable", jugent les scientifiques, pour qui "l'inaction est irresponsable et coupable pour les générations à venir".
Même constat au sujet de la raréfaction de l'eau de la part d'économistes du Conseil d'analyse économique (CAE) dans une tribune publiée par Libération : "ce qui manque, ce n'est ni l'expertise, ni les outils, mais la volonté de les mettre réellement en oeuvre, alors même que le réchauffement climatique rend chaque année l'inaction plus coûteuse".
Les économistes, auteurs d'une note sur le financement de l'eau, déplorent "l'injustice" du financement de la politique de l'eau.
"Les ménages financent la majorité de la politique de l'eau, alors que l'agriculture et l'industrie, grandes consommatrices et sources majeures de pollution, contribuent relativement peu au regard de leur impact réel sur la ressource", déplorent les auteurs de la tribune, pour qui "continuer à différer des réformes pourtant largement consensuelles (...) revient à organiser la pénurie en toute connaissance de cause".
Ces prises de position interviennent le jour où une loi du sénateur Laurent Duplomb facilitant le stockage de l'eau pour les agriculteurs, adoptée au Parlement début juillet, doit faire l'objet d'un débat à l'Assemblée après une pétition réclamant l'abrogation du texte signée par plus de 2,1 millions de personnes.
"Quand des scientifiques alertent, nous devons les écouter", a réagi la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, dans une déclaration transmise à l'AFP.
"Oui, certaines pollutions ont des effets avérés et nous devons agir pour les réduire, en particulier pour protéger les enfants et les femmes enceintes", a-t-elle ajouté, évoquant "un sujet de santé publique".
Contactée par l'AFP, la direction générale de la Santé (DGS) n'avait pas réagi dans l'immédiat.
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