Premiers pas sous les drapeaux pour les candidats au nouveau service national

Certains sont en quête de "cohésion", d'autres de "dépassement de soi": de jeunes candidats au nouveau service national militaire font leurs premiers pas sous les drapeaux, accueillis jeudi à Varces (Isère) par le 7e bataillon de chasseurs alpins.

Il ne s'agit pas encore pour Justine, Adam ou Tom, âgés de 17 à 19 ans, de coiffer la fameuse "tarte" (un large béret) des populaires militaires de montagne mais de se soumettre à des tests, entretiens de motivation et ateliers de découverte du matériel, afin d'être aiguillés au mieux avant les dix mois qu'ils envisagent de passer au sein de l'armée de Terre.

Ils font partie des quelque 1.400 jeunes (dont 21% de filles) qui ont déjà postulé pour effectuer le "service national" militaire annoncé en novembre par le président Emmanuel Macron: ils seront 3.000 à endosser l'uniforme à l'automne 2026, puis le plan prévoit une montée progressive en puissance pour atteindre 10.000 volontaires par an en 2030, puis 50.000 à l'horizon 2035.

Contrairement à l'ancien dispositif suspendu en 1996, ce nouveau service n'a aucun caractère obligatoire et "s'inscrit dans une évolution de long terme vers un modèle d'armée plus hybride", selon la ministre des Armées Catherine Vautrin.

Les postes offerts, toujours sur le territoire national contre une solde de 800 euros brut minimum par mois, seront très variés, allant du pilotage d'engins à la restauration collective ou à la maintenance aéronautique, mais pour une grande majorité dans des emplois dits "combattants".

Justine, 17 ans et originaire de Bourgoin-Jallieu, est assise devant un ordinateur et remplit un questionnaire de personnalité: si elle est venue à Varces, c'est parce qu'elle apprécie les "valeurs" et le "cadre avec beaucoup de cohésion" de l'armée de Terre, notamment l'infanterie.

"Tout le monde peut faire quelque chose à son échelle pour la France et c'est intéressant", souligne la jeune fille blonde à lunettes, qui se dit "encouragée" dans sa vocation par sa famille et ses amis.

- Génération "décriée" -

Sous une tente en treillis, Adam Rey, étudiant montpelliérain de 19 ans, s'essaye maladroitement à piloter un minuscule drone d'entraînement. "C'est un coup de main à prendre", l'encourage le chasseur en uniforme en charge de la démonstration.

Adam est venu en quête de "sport, de dépassement de soi". "L'armée m'a toujours intéressé. Mais vu que le service national n'existait pas, soit je m'engageais officiellement, soit je ne le faisais pas". LA nouvelle formule "me permet d'avoir une expérience dans le militaire pour voir justement si ça me plaît et pourquoi pas peut-être m'engager", explique-t-il posément.

Avant, l'engagement dans l'armée, c'était "pour 3 ans minimum", rappelle le général Arnaud Goujon, sous-directeur du recrutement jeunesse à l'armée de Terre.

Le système est désormais conçu pour permettre une "césure" dans les études, sans entrer en conflit avec les voeux effectués via Parcoursup, afin que les jeunes n'aient pas à "lâcher la proie pour l'ombre", explique le haut gradé.

Il s'agit donc d'une offre "totalement nouvelle (...) Ca crée la possibilité de placer ça dans un parcours d'une manière très différente de ce qu'on faisait avant", et est donc à même d'attirer des profils très variés car "chacun peut venir avec son propre bagage, avec ses diplômes, avec ses appétences", souligne-t-il.

Au final, "cette génération Z souvent décriée par beaucoup d'employeurs (...) trouve chez nous quelque chose qui répond à des aspirations très profondes", estime-t-il.

Quant au contexte géopolitique, avec la guerre en Ukraine et le conflit au Proche-Orient, il ne décourage pas les vocations, bien au contraire, constate le général deux étoiles. "Les tensions internationales ont toujours eu un effet mobilisateur dans la jeunesse. Je dis ça de manière positive, parce qu'on a des jeunes qui sont parfaitement conscients des enjeux et de leur gravité", relève-t-il.

"Ce qui m'a vraiment frappé, c'est leur enthousiasme", se réjouit de son côté le colonel François-Xavier de la Chesnais du 7e bataillon de chasseurs alpins. "C'est très rassurant, c'est très enthousiasmant aussi pour nous d'accueillir des gens qui ont autant envie de venir chez nous."