Poubelles et transports, les éternels "maux" de Marseille en campagne

A Marseille, transports et propreté polarisent la campagne municipale, des compétences qui relèvent pourtant de la Métropole Aix-Marseille-Provence. Mais le scrutin reste décisif car conquérir la mairie permet d'influer sur l'établissement public détenteur des cordons de la bourse.

"La propreté, c'est un irritant pour les Marseillais, on est interpellé tous les jours", souligne le maire sortant et candidat à sa succession Benoît Payan. L'élu divers gauche se défausse aussitôt en rappelant que la compétence a échappé à la deuxième ville de France en 2016 au profit de la métropole, qui regroupe 92 communes, 1,8 million d'habitants et dispose d'un budget de cinq milliards d'euros.

Parmi ses missions: ramassage des déchets, transports, entretien des routes... Des "maux marseillais" qui reviennent en boomerang aux oreilles des candidats.

Selon un récent sondage, la propreté arrive en tête des préoccupations (64%) pour le scrutin municipal, suivie par la sécurité (60%), loin devant la circulation (29%) et les transports (28%).

La municipalité sortante accuse la présidente de la Métropole, Martine Vassal, également candidate de la droite et du centre à Marseille, d'avoir "sciemment abandonné" la ville-centre en privilégiant les communes aux mêmes affinités politiques.

À grand renfort de tweets et de photos de déchets débordant sur la chaussée, les deux camps se renvoient la balle.

- Chicayas -

La réforme de la loi "PLM" (Paris, Lyon, Marseille) pourrait mettre fin à ces éternelles "chicayas" marseillaises, dénoncées par le président Emmanuel Macron.

Le vainqueur de l'élection municipale devrait en effet peser plus lourd au sein des 101 conseillers que la ville enverra à la métropole (sur 238).

Outre ces espoirs métropolitains, M. Payan entend "recréer des cantonniers" par quartier, augmenter le nombre de poubelles et doubler le nombre de tournées de ramassage.

Le candidat RN, Franck Allisio, veut équiper de caméras-piétons ses agents pour sanctionner d'une amende une personne prise en flagrant délit "de crachat ou déjection canine".

Si elle est élue maire de Marseille, Martine Vassal veut récupérer la compétence de la propreté pour la confier aux mairies de secteurs.

Le candidat LFI, Sébastien Delogu, plaide aussi pour une régie publique et la création d'un centre de commandement pour intervenir rapidement contre les dépôts sauvages. Son objectif est de réduire la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, trois fois plus élevée (18,10 %) qu'à Lyon (5,27 %) ou Paris (6,21%).

- "tout voiture" -

Sur le volet transports, la cité phocéenne accuse "un retard à l'allumage", analyse Marie-Laure Lambert, enseignante-chercheure à l'Université d'Aix-Marseille. "Le premier plan de déplacement urbain à Marseille a été de faire arriver l'autoroute jusqu'en ville. Il a fallu revoir la copie", explique cette spécialiste de l'urbanisme.

L'inauguration en janvier du prolongement d'un tramway, notamment vers le Nord très enclavé, plus de dix ans après le lancement initial de la ligne, illustre le retard chronique des infrastructures dans une ville qui ne dispose que de deux lignes de métro et trois de tramway pour près de 900.000 habitants.

Le plan "Marseille en grand" lancé par le président de la République, Emmanuel Macron, prévoyait d'ailleurs un milliard d'euros pour la mobilité.

Selon Mme Lambert, la gouvernance métropolitaine, jugée éloignée des réalités locales, n'aide pas : "Les personnes en charge des transports ne les utilisent pas nécessairement. Elles habitent à Aix-en-Provence et empruntent encore moins les transports en commun ou le vélo à Marseille".

À la tête de la métropole depuis 2018, Martine Vassal défend son bilan : 4.000 vélos électriques en libre-service, extension du tramway, rames de métro renouvelées. Et promet un métro prolongé jusqu'à 1H00 et un tramway sur le littoral sud.

"Circuler à Marseille ne doit plus être le cauchemar que nous connaissons aujourd'hui du fait de la négligence de la Métropole", fustige M. Payan qui "exigera" une nouvelle extension du tramway vers le Nord, l'Est et le Sud et 300 km de pistes cyclables.

Pour LFI, "la priorité est de renouveler les bus qui tombent en morceaux et d'améliorer les conditions de travail" des chauffeurs. M. Delogu souhaite également mettre fin au "racket" des tunnels urbains payants, plaidant pour leur municipalisation.

Et pour lutter contre le "tout voiture", les quatre principaux candidats proposent la gratuité des transports publics jusqu'à 26 ans.