Un traitement curatif de la pollution de l'eau en nitrates et en pesticides est "en moyenne trois fois plus coûteux" qu'une approche préventive, selon les conclusions d'une étude menée par l'Agence de l'eau Seine-Normandie, dont l'AFP a pris connaissance lundi.
"Il est en moyenne 3 fois plus coûteux de dépolluer des eaux brutes chargées en nitrates et pesticides, que de réduire la pollution à la source, toutes choses égales par ailleurs", indique ce rapport dévoilé par le média Contexte, un ratio qui "s'aggrave lorsque la collectivité traite de faibles volumes et lorsque les eaux brutes sont plus fortement chargées en polluants".
L'agence de l'eau Seine-Normandie, qui contribue à définir la politique de l'eau du bassin de la Seine et de ses affluents (l'Yonne, la Marne, l'Oise...), finance la mise en oeuvre de cette politique en vue d'une gestion durable, en subventionnant les projets d'acteurs locaux, grâce à des redevances perçues auprès des usagers.
Rappelant que les collectivités et leurs services d'eau font face à un "mur d'investissement" pour l'entretien de réseaux vieillissants et pour faire face aux conséquences du changement climatique et aux pollutions émergentes, elle a souhaité "évaluer et comparer, du point de vue économique, les coûts de scénarios préventifs de protection des captages et curatifs de traitement de l'eau brute".
Elle s'est appuyée pour cela sur 21 aires d'alimentation de captages (AAC), "en chiffrant des scénarios sur la base des caractéristiques propres à chacune".
Si à long terme, globalement, le curatif coûte 3,2 fois plus cher que le préventif, "pour le service d'eau potable, l'écart en faveur du scénario préventif" se creuse : "si l'on raisonne du point de vue du reste à charge supporté par le service d'eau", le coût du curatif devient alors "13 fois plus important", indique l'étude.
En outre, les autrices de l'analyse soulignent que le scénario préventif comporte "de multiples cobénéfices : coûts évités de surtraitement par une maîtrise voire une amélioration de la qualité des eaux brutes, moindre pollution des milieux naturels, coûts sanitaires liés aux pesticides évités, etc".
En dépit de cette "démonstration", contrairement aux actions curatives, le scénario du "tout préventif" se heurte aux difficultés de mise en oeuvre, "sachant que la décision de changer les pratiques agricoles ne revient pas à la collectivité, et dépend d'un contexte national et régional favorable à l'agroécologie", conclut cette étude.