L'exposition aux PFAS "peut avoir des conséquences irréversibles assez graves" sur la santé et le meilleur moyen de "dépolluer" son corps est de limiter son exposition, explique à l'AFP Xavier Coumoul, toxicologue et professeur à l'Université Paris Cité.
Exposés à ces substances pendant des années, via l'eau du robinet contaminée, des habitants de la Meuse et des Ardennes réclament aujourd'hui des tests diagnostic.
Q: Que peut induire l'exposition prolongée aux PFAS dans le corps humain ?
R: "La thématique des PFAS est compliquée parce qu'il y en a 11.000 et que l'on va tous être exposés par différentes voies: alimentaire, respiratoire ou cutanée, parce qu'on peut les trouver dans les cosmétiques, certains vêtements, etc".
"On va tous être exposés à des +cocktails+ différents, et on ne trouvera quasiment jamais les mêmes cockails" dans les analyses sanguines des personnes testées, ce qui rend "extrêmement difficiles les enquêtes épidémiologiques". En outre, "on n'est pas sûrs que ceux qu'on a mesurés soient ceux qui seraient responsables d'un éventuel effet" sur la santé.
L'exposition peut induire "des effets cancérigènes ou sur le métabolisme lipidique", ou entraver "l'activité du système immunitaire", avec pour conséquence éventuelle d'"augmenter le risque de cancer".
Q: Les risques sont-ils plus importants chez l'enfant ?
R: "Cela dépend des PFAS, mais des études ont montré que les PFAS pouvaient aussi avoir des effets reprotoxiques (sur la fertilité), comme des perturbateurs endocriniens. Ils peuvent entraîner par exemple chez une femme enceinte un faible poids du nourrisson à la naissance. Donc si on est exposé en tant qu'enfant et qu'on a des enfants plus tard soi-même, il peut y avoir des effets reprotoxiques.
L'exposition aux PFAS peut avoir des conséquences irréversibles assez graves (...) mais il est très difficile de dire si c'est un PFAS en particulier ou d'identifier les cocktails individuels (de PFAS) et lequel serait responsable de l'effet, s'il n'y en a qu'un".
Q: Peut-on éliminer ces polluants éternels de notre corps ? Comment ?
R: "La meilleure manière de les éliminer, c'est de réduire son exposition. A ce stade, il n'y a pas de solution de dépollution claire. Et c'est un problème pour l'ensemble des polyorganismes qui peuvent persister des années dans le corps.
Le problème est aussi qu'on est régulièrement ré-exposés, comme c'est le cas probablement des habitants de la Meuse et des Ardennes, avec des expositions continues, chroniques, ce qui rend encore plus difficile l'élimination de certains PFAS qui sont dits éternels.
Ces molécules sont de plus en plus intégrées dans des programmes épidémiologiques qui cherchent à caractériser l'association entre leur exposition et des pathologies".