Pluies, sols, cultures, eau potable... La sécheresse peut prendre des formes multiples

"Exceptionnelle", "inédite", "préoccupante": la sécheresse que subit la France, suite à l'accumulation d'épisodes de chaleur caniculaire et à un déficit de pluies persistant depuis plusieurs mois, inquiète les autorités.

Mais ses manifestations sont diverses et plus ou moins avancées selon l'indicateur observé. Cela résulte du fait qu'il n'existe pas un mais plusieurs types de sécheresses, qui peuvent parfois se cumuler.

- La sécheresse météorologique

C'est celle dont on parle le plus communément et qui apparait souvent en premier.

Elle se caractérise par un manque de pluies sur une période de plusieurs mois, selon Météo-France. Sa cause: "un temps anticyclonique prolongé qui repousse les perturbations et le temps pluvieux".

Elle peut jouer sur le rechargement des nappes phréatiques notamment lorsqu'elle intervient en automne et en hiver, sur le niveau des cours d'eau ou sur l'humidité des sols.

En France métropolitaine, les précipitations apportent en moyenne 512 milliards de m3 d'eau par an, dont les deux tiers s'évaporent. Les 200 milliards de m3 restants alimentent les eaux de surface et souterraines.

- La sécheresse des sols

Elle est appelée sécheresse édaphique ou sécheresse agricole. Elle se caractérise selon l'institut de recherche français pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae) par "un manque d'eau disponible dans le sol pour les plantes, ce qui impacte toute la production végétale et indirectement la production animale".

Elle se traduit par un déficit hydrique en surface et sur un à deux mètres de profondeur.

Cette situation résulte principalement d'un manque de précipitations, mais aussi d'autres facteurs, comme des températures élevées qui favorisent l'évaporation - passage de l'eau des sols de l'état liquide à l'état gazeux notamment sous l'effet de la chaleur - ou l'évapotranspiration - combinaison de l'évaporation et de la transpiration des plantes par les feuilles, les tiges et les fleurs qui dépend à la fois de leur taille et de divers éléments extérieurs comme les températures, l'humidité, le vent.

Cette sécheresse, qui affecte les sols, dépend également de l'état de ces derniers (réserve d'eau utile, capacité d'absorption, porosité).

Ses conséquences sont importantes pour l'agriculture avec une baisse des rendements des cultures - moindre croissance des semis ou des fruits et légumes par exemple -, un manque de fourrages pour nourrir les bêtes et une augmentation des besoins en irrigation, avec à la clé des pertes de chiffres d'affaires couplées à une hausse des charges fixes.

- La sécheresse hydrologique et hydrogéologique

La première correspond à un déficit hydrologique dans les eaux de surface (cours d'eau, lacs et plans d'eau, barrages, réservoirs), la seconde concerne les eaux souterraines et se caractérise notamment par une baisse des niveaux des nappes phréatiques.

Elle provient de la combinaison de faibles précipitations et de températures élevées, qui favorisent l'évaporation et donc les pertes en eau. D'autres facteurs peuvent influencer son intensité, comme les caractéristiques des sols, leur capacité d'infiltration et de stockage, ou encore les prélèvements pour les activités humaines.

Sa première manifestation est la baisse de débits des cours d'eau, voire leur assèchement.

Les cours d'eau réagissent rapidement aux variations météorologiques car une partie importante de leurs apports provient des écoulements de surface et des sols, qui répondent en quelques jours ou semaines aux déficits de pluie. Leur débit peut donc diminuer rapidement lorsque les précipitations cessent, même si certaines rivières bénéficient encore du soutien des nappes.

Les nappes phréatiques, situées plus en profondeur, ont un temps de réponse hydrologique plus lent, qui dépend aussi de la nature de la roche qui permet à l'eau de s'infiltrer ou de ressortir plus ou moins rapidement. Une nappe très réactive peut réagir en quelques semaines aux pluies, tandis que d'autres plus inertielles peuvent mettre des mois voire des années à évoluer dans un sens ou un autre. Cela explique pourquoi une nappe peut rester à un niveau correct alors que les rivières aux alentours sont mal en point.

Mais dans certaines régions, ces deux sécheresses - des cours d'eau et des nappes - peuvent se cumuler.

Elles affectent directement la ressource en eau, notamment pour la consommation humaine, mais aussi l'irrigation des cultures, l'industrie et les écosystèmes aquatiques.