Le groupe pharmaceutique français Servier, recentré depuis plusieurs années sur les médicaments contre le cancer, renforce sa stratégie en la matière avec le rachat de la société américaine Day One Biopharmaceuticals, sa plus grosse acquisition à ce jour, évaluée à 2,5 milliards de dollars.
Servier a mené "avec succès" son offre publique d'achat visant la totalité des actions de l'entreprise biopharmaceutique américaine Day One Biopharmaceuticals, qui développe notamment des traitements contre des cancers rares chez les enfants.
L'opération se fait au prix de 21,50 dollars par action, a indiqué jeudi Servier, numéro 2 du secteur en France après Sanofi.
Pour Servier, qui commercialise déjà des traitements contre les cancers digestifs, du sang ou du cerveau, c'est la confirmation, sans précédent par sa taille, du recentrage opéré depuis plusieurs années.
Il s'agit de sa plus grosse acquisition à ce jour: les dernières du même ordre étaient celles de l'activité oncologie de Shire pour 2,4 milliards de dollars en 2018 et de l'activité oncologie d'Agios pour 2 milliards de dollars en 2021.
L'oncologie reste un marché crucial pour l'industrie pharmaceutique alors que, selon l'Organisation mondiale de la Santé, le cancer est responsable de presque un décès sur six dans le monde.
Le domaine est devenu ces dernières années une priorité pour Servier qui lui dédie 70% de son budget de R&D. Dans cette spécialité, ses six principaux médicaments - Voranigo, Tibsovo, Onivyde, Lonsurf, Oncaspar, Asparlas - ciblent des cancers difficiles à traiter.
- Thérapies de précision -
En février, son portefeuille en oncologie comprenait 34 projets, dont 21 en développement clinique et 13 en phase de recherche.
Grâce à cette transaction, qui représente "une valeur totale de capitaux propres d'environ 2,5 milliards de dollars", Servier hérite d'un médicament de Day One, Ojemda, commercialisé aux États-Unis dans le gliome pédiatrique de bas grade, la forme la plus courante de tumeur cérébrale chez l'enfant.
Ojemda, dont les droits de licence hors États-Unis ont été acquis en 2024 par le laboratoire français Ipsen, a par ailleurs obtenu mercredi une autorisation de mise sur le marché conditionnelle dans l'Union européenne pour les enfants âgés de 6 mois et plus atteints d'un gliome pédiatrique à progression lente.
Avec ce rachat, Servier confirme donc son pari sur des thérapies de précision contre des cancers rares où les options thérapeutiques restent limitées. Mis à part les gliomes, Day One développe d'autres médicaments dans cette catégorie.
"Cette acquisition marque une avancée majeure pour Servier dans le cadre de notre ambition Servier 2030 visant à renforcer notre position dans les cancers rares, et plus particulièrement dans le gliome pédiatrique de bas grade", a déclaré Olivier Laureau, président de Servier, cité dans le communiqué.
Sur l'exercice 2024-2025 clos fin septembre, les ventes de cette activité ont progressé (+54,6% à 2,21 milliards d'euros), représentant désormais plus de 32% du chiffre d'affaires du groupe, contre plus de 24% lors de l'exercice précédent.
Cette accélération est soutenue par la performance de Voranigo, un médicament destiné au traitement d'une forme rare et difficile à traiter du cancer du cerveau qui affecte le plus souvent des sujets jeunes, lancé aux États-Unis en 2024.
Ce succès commercial place désormais Voranigo devant l'emblématique veinotonique Daflon, pilier historique des ventes depuis 40 ans pour le groupe qui demeure le numéro un mondial dans le domaine de l'hypertension.
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