La ministre de la Transition écologique Monique Barbut présentera sa démission à Emmanuel Macron d'ici le Conseil des ministres prévu mercredi matin, après l'adoption définitive par le Parlement d'une mesure controversée sur les pesticides à laquelle elle s'opposait, a fait savoir mardi son entourage.
"Dans ma tête je n'ai pas d'autre option que de remettre ma démission. Soit vous êtes ministre, soit vous n'êtes pas ministre. Aujourd'hui, dans ma tête, je suis partie demain", a dit Monique Barbut en petit comité après le vote de la loi d'urgence agricole qui inclut une réintroduction, à titre dérogatoire, de certains pesticides autorisés dans l'UE mais interdits en France.
La ministre, venue de la société civile, n'a toutefois pas totalement fermé la porte à un maintien au gouvernement.
"Si ma démission est acceptée, je pars. Si ma démission est refusée, ça dépend de ce qui est dit et de comment c'est dit demain", a-t-elle précisé en petit comité.
Son entourage avait déjà prévenu que si le texte final était adopté avec cette mesure sur les pesticides, introduite au Sénat, la ministre envisagerait de quitter le gouvernement.
Monique Barbut assure avoir été "confiante" jusqu'à lundi, forte de la garantie du président Macron et de Sébastien Lecornu que la porte ne serait pas rouverte à l'acétamipride.
- "Total désaccord" -
La décision du Premier ministre, lundi, de ne pas déposer d'amendement pour supprimer cette disposition semble l'avoir prise par surprise. C'est à ce moment-là qu'elle décide de démissionner, et le fait savoir, en privé, à Sébastien Lecornu.
Selon un cadre du groupe macroniste à l'Assemblée nationale, en froid avec le chef du gouvernement sur ce dossier, Matignon tente depuis de dépeindre une ministre "fragile psychologiquement à cause de la polémique sur la climatisation".
En pleine canicule historique fin juin, Monique Barbut s'était attiré des critiques pour avoir fustigé "les gens qui me disent +Oh mais il y a qu'à mettre la clim' partout+".
"Très bien, on va mettre la clim' partout. Vous croyez que ça va éviter un feu de forêt", "vous croyez que ça va éviter la mort des animaux que nous voyons? Vous croyez que ça va éviter quoi? Rien", avait-elle lancé.
Aujourd'hui, en repensant à cette polémique, elle explique qu'elle refusait juste de se positionner uniquement "par rapport au plan clim' du Rassemblement national".
"Moi je voulais parler des forêts qui vont brûler, des animaux qui vont mourir, des paysans qui vont tout perdre, des terres qui vont s'assécher. Et qu'est-ce qu'on fait depuis un mois? On essaye d'éteindre des incendies", soupire-t-elle.
Sur les pesticides, elle a réexprimé son "total désaccord" en personne mardi midi à Sébastien Lecornu à Matignon, mais il n'a, à ce stade, pas réussi à la convaincre de rester.
Emmanuel Macron, avec lequel elle devait échanger mardi soir ou mercredi matin, parviendra-t-il à lui faire changer d'avis?
Elle loue en tout cas un président qui a eu "le courage" de faire appel à des ministres de la société civile, mais l'ancienne présidente de l'ONG environnementale WWF France, très affectée et émue par cet épisode, semble aujourd'hui regretter d'avoir franchi le pas en entrant au gouvernement.
Durant ses neuf mois passés au gouvernement, la ministre a déjà agité la menace de sa démission, à l'occasion du débat sur la réintroduction des projets de recherche d'hydrocarbures dans certains territoires ultramarins ou quand elle défendait les budgets alloués à son ministère.
Mardi soir, l'association Agir pour l'environnement a critiqué son "maigre" bilan, en estimant que "le peu de poids politique" de la ministre "relève avant tout d'un choix éminemment politique d'un chef de l'État qui préfère une écologie transparente, inodore et incolore".