"Personne ne doit se sentir protégé": la canicule frappe aussi des jeunes en bonne santé

"Personne ne doit se sentir protégé", alerte une urgentiste. Alors que la France subit une canicule historique, des personnes jeunes et en bonne santé, inconscientes ou indifférentes au danger, se retrouvent aussi aux urgences, voire meurent d'un arrêt cardiaque, souvent après du sport en extérieur.

De "premiers décès" de la canicule ont été confirmés jeudi à la mi-journée par le ministère de la Santé, lors d'un point presse, où il a été souligné qu'ils "ne concernent pas que des personnes âgées déshydratées: ce sont aussi des jeunes qui font des arrêts cardiaques".

"Nous voyons des jeunes sportifs en détresse vitale, en réanimation, voire en arrêt cardiaque, après un coup de chaleur d'exercice", rapportait dès dimanche à l'AFP le Dr Agnès Ricard-Hibon, urgentiste et cheffe de service du SAMU-SMUR du Val-d'Oise.

Un effort musculaire intense, ou prolongé, par fortes chaleurs expose au risque d'une "hyperthermie d'effort", qui se manifeste par une température interne d'au moins 40°C et par un trouble de la conscience.

"Or c'est parfaitement évitable: on ne fait pas d'exercice physique en période de canicule, il vaut mieux aller courir dans les salles de sport réfrigérées, il faut vraiment que le message passe", souligne l'urgentiste.

"Des gens qui semblent en bonne santé (...) peuvent décompenser avec cette période de canicule: personne ne doit se sentir protégé", martèle-t-elle.

Même préoccupation du maire PS de Paris Emmanuel Grégoire, qui a appelé jeudi "solennellement" à la prudence. "Il ne faut surtout pas croire qu'on est invulnérable (...); hier soir à 19H30, j'ai vu une centaine de joggeurs. Franchement, ça n'est pas responsable", a-t-il déclaré sur TF1, appelant à "faire quelques jours de pause dans le sport".

- Bond des hyperthermies -

S'il est possible de limiter les risques d'un coup de chaleur d'exercice par une bonne hydratation, vu le rôle essentiel de la transpiration pour évacuer l'excès de chaleur, le mieux est souvent de restreindre, reporter, voire annuler l'activité physique, selon des spécialistes.

Chef des urgences de l'hôpital Delafontaine en Seine-Saint-Denis, département le plus jeune de l'Hexagone, Mathias Wargon a jugé globalement "inquiétante" l'augmentation des hospitalisations ces derniers jours parmi les "15-75 ans", et a averti sur France Inter que "la chaleur ne touche pas que les personnes âgées, elle touche les personnes plus jeunes".

L'agence sanitaire Santé publique France (SpF) a aussi pointé, mercredi, que le "pic rarement, voire jamais observé de recours aux soins d'urgence" constaté en début de semaine touche "toutes les classes d'âge". Et en particulier des jeunes de 15-44 ans, comme l'a souligné auprès de l'AFP Guillaume Boulanger, responsable d'unité à la Direction santé environnement.

Les hyperthermies (coups de chaleur, ndlr), les déshydratations et les hyponatrémies (manque de sodium) sont à l'origine ces derniers jours d'un bond des recours aux soins d'urgence (appels à SOS médecins, passages aux urgences), détaillé par SpF dans ce premier bilan allant jusqu'à mardi soir.

Sur la journée du 22 juin, lendemain de la Fête de la Musique, où l'alcoolisation a pu augmenter la déshydratation, a été constatée "une très forte augmentation des hyperthermies pour les 15-45 ans", a rapporté Robin Lagarrigue, chargé d'études scientifiques à SpF. Dans cette tranche d'âge, les passages aux urgences ont été multipliés par trois, les consultations SOS médecins par quatre.

Cette hausse du recours aux soins d'urgence pour des personnes jeunes est aussi liée, a observé Guillaume Boulanger, au fait que cette deuxième canicule -après celle de fin mai- survient "avant les congés estivaux, alors que l'activité scolaire, professionnelle, est encore importante, et que des manifestations sportives peuvent se tenir".

Selon le Premier ministre Sébastien Lecornu, l'épisode en cours a aussi provoqué une quarantaine de morts par noyade depuis le 18 juin, "essentiellement des jeunes".

Comme une bonne partie de l'Europe, la France est confrontée à une canicule historique, qui pourrait atteindre jeudi un nouveau pic, avant un début d'amélioration attendu en soirée avec des orages dans l'Ouest. Plus de 51 millions de Français sont actuellement dans une zone en vigilance rouge.

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