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Secteur automobile : le changement climatique et le grand fossé creusé par les véhicules électriques

©DR/Shutterstock/Zapp2Photo

Les constructeurs automobiles traditionnels étant contraints de réduire leurs émissions dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, les investisseurs sont de plus en plus nombreux à s’intéresser aux purs constructeurs de véhicules électriques. Alessandro Rovelli, analyste Crédit chez Aviva Investors France, étudie les chiffres afin d’évaluer si oui ou non cette tendance est durable. 

L’histoire de l’automobile est indissociable de deux vérités incontestables. Premièrement, l’automobile a fondamentalement transformé les sociétés en accroissant la mobilité et l’indépendance des individus d’une manière auparavant inconcevable. Deuxièmement, elle a également contribué à la plus grande crise à laquelle la planète est confrontée : le changement climatique. Et, malgré tous les efforts déployés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) afin d’atteindre les objectifs de l’accord de Paris visant à limiter le réchauffement climatique, les émissions dans le secteur des transports (dont les voitures sont de loin les principales contributrices) continuent d’augmenter.

Au cours des trois dernières décennies, si les émissions globales aux États-Unis ont augmenté de 3,7 % pour atteindre 6.676,7 millions de tonnes équivalent carbone (MtC)[i], les émissions du secteur des transports ont quant à elles bondi de 23,3 % pour atteindre 1.882,6 MtC[ii]. Avec 28 % des émissions totales, le secteur est passé du troisième plus grand contributeur en 1990 (derrière la production d’électricité et l’industrie) au tout premier aujourd’hui[iii].

On retrouve la même situation en Europe. Malgré une réduction globale de 24 % des émissions de GES depuis 1990[iv] dans l’Union européenne, la part des émissions provenant des transports a quant à elle augmenté de 33 %[v] en passant de 15 % à 25 %[vi]. La perspective de voir cette situation s’améliorer au cours de la prochaine décennie n’est guère meilleure : selon des projections de la Commission européenne, les émissions dues aux transports seront de 17 % à 32 % plus élevées en 2030 qu’en 1990.

Les constructeurs automobiles sous les feux des projecteurs

Il n’est donc pas étonnant que les consommateurs, les industriels et les responsables politiques s’intéressent tant à cette question. Mais, compte tenu de la probabilité apparemment mince de voir les gens renoncer volontairement à leur droit de posséder une voiture dans un avenir proche, l’industrie automobile n’a d’autre choix que de s’engager dans une bataille acharnée de manière à répondre à la demande des consommateurs en matière de nouveaux véhicules : ils les veulent toujours aussi performants, mais moins nuisibles pour la planète. D’un côté, se trouvent les mastodontes traditionnels de l’industrie, de Volkswagen en Europe à Ford aux États-Unis ; de l’autre, se trouvent les purs constructeurs de véhicules électriques (VE), comme Tesla d’Elon Musk aux États-Unis et son rival chinois NIO.

Les investisseurs sont à juste titre attentifs à la transition vers les VE, avec un fossé qui s’est récemment creusé en faveur des constructeurs de ce type de véhicules, comme le montre l’évolution boursière très contrastée de Tesla et de Volkswagen (VW) l’année dernière.

En 2020, le cours de l’action de Tesla a progressé de 690 % en passant de 88,60 dollars à 699,99 dollars. Il s’agit là d’une envolée stupéfiante pour une société notée BB par Standard &Poor’s et B3 par Moody’s et qui n’a jamais déclaré de bénéfices annuels depuis sa création (mais, cela pourrait changer lorsque ses résultats pour l’ensemble de l’année 2020 seront annoncés).[vii]

Quant à VW, le groupe a vu le cours de son action reculer de 1,8 % en passant de 173,25 euros à 170,10 euros, et ce, malgré une forte augmentation de ses efforts d’électrification. Le géant automobile allemand a produit plus de 130.000 VE et 210.000 voitures électrifiées (dont des hybrides et des hybrides rechargeables), soit des hausses de respectivement 197 % et de 158 % par rapport à l’année précédente. Ces chiffres ne représentent qu’une infime partie de ce que VW dit pouvoir atteindre : la société prévoit de produire un million de VE par an d’ici 2023. Pourquoi le marché ne semble-t-il donc pas plus convaincu par ces perspectives ou celles d’autres constructeurs automobiles traditionnels ? Il convient d’entrer encore un peu plus dans le détail des chiffres afin de trouver des indices.

Une « excessive » première place

Aucun domaine n’offre autant de possibilités de profonde décarbonation que l’énergie électrique. L’utilisation de l’électricité n’augmente ni ne réduit les émissions en soi ; l’électricité fournit une énergie qui peut être propre ou non selon la façon dont elle est produite. Par exemple, une voiture électrique ne contribue pas beaucoup à la lutte contre le réchauffement climatique si toute l’électricité provient de centrales au charbon conventionnelles.

Dans l’ensemble, les transports représentent 27 % de la consommation mondiale d’énergie et la quasi-totalité d’entre eux sont tributaires du pétrole. L’industrie automobile a toutefois quelque peu réussi à changer la donne : les derniers VE rivalisent avec les voitures conventionnelles haut de gamme en termes de performances et de coûts et les voitures électriques représentent désormais près de 10 % des ventes de voitures neuves en Californie (mais seulement 2 % dans l’ensemble des États-Unis en décembre 2020) et près de 56 % en Norvège où le gouvernement offre de très généreuses subventions aux acheteurs.

Comme nous l’avons illustré avec l’exemple de Tesla, les marchés des capitaux ont fortement voté en faveur des constructeurs de VE. La capitalisation boursière de Tesla a été multipliée par plus de sept en 2020, même si de nombreux analystes « sell-side » avaient déjà qualifié ses multiples de 2019 « d’excessifs ». Le Graphique 1 illustre la capitalisation boursière de Tesla il y a trois ans et aujourd’hui, et la compare avec la capitalisation boursière totale des cinq principaux constructeurs automobiles européens (VW, BMW, Daimler, Renault, Peugeot).

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