Abonnez-vous

En vous abonnant, vous acceptez notre politique de confidentialité.

Dans cet espace, la rédaction d’ID n’exerce pas de droit de regard sur les informations disponibles et ne saurait voir sa responsabilité engagée.
INFO PARTENAIRE

La gestion du risque de transition climatique, un facteur d’évaluation primordial des entreprises pour les prochaines décennies

Le réchauffement climatique est une mégatendance, il s’agit d’un facteur qui modifiera la structure des économies, des industries  et des marchés financiers mondiaux dans les années à venir. Ce risque est systémique, mais bien qu’il soit clairement identifié, il peut présenter des visages différents. Pour les entreprises, le risque climatique peut se traduire de multiples manières.

Quels sont les différents types de risques climatiques ?

En septembre 2015, dans un discours intitulé « Briser la tragédie des horizons », Mark Carney, ex-gouverneur de la Banque d’Angleterre, a évoqué le besoin primordial de jeter un pont entre les intérêts de court terme de la finance et ceux à long terme de la société, aujourd’hui contradictoires. Dans son discours, il a alerté les investisseurs sur une classe de risques d’un nouveau genre, le risque climatique, en dressant une typologie des sous-risques climatiques pour les entreprises. Il y a le risque le plus concret, le risque physique qui correspond aux pertes directes associées aux dommages causés par les aléas climatiques sur les acteurs économiques ; il y a le risque de responsabilité (ou risque juridique) qui correspond aux compensations à payer par une personne morale jugée responsable de conséquences sur le changement climatique ; et il y a le risque de transition qui correspond aux conséquences économiques entraînées par la mise en place d’un modèle économique bas carbone. Les deux premiers risques sont assez faciles à appréhender dans un modèle mathématique, il s’agit d’estimer l’impact financier des dégâts causés par le dérèglement, et les pertes financières liées aux procès et autres poursuites.

Le dernier risque cité, en revanche, est plus délicat à saisir dans le cadre de projections financières sur plusieurs décennies, et pour cause, il couvre de nombreux sous-risques. Concrètement, qu’est-ce que le risque de transition ? Il s’agit de l’ensemble des risques induits par la transition vers une économie dite bas carbone et qui tient compte des évolutions réglementaires, politiques, lesquelles peuvent, à long terme, engendrer des difficultés pour les entreprises.

Comment les gérants d’actifs appréhendent-ils les risques climatiques ?

Dans le cadre de l’Accord de Paris, les modèles économiques vont devoir évoluer, les codes de consommation aussi, l’utilisation et les sources d’énergie devront être transformées, et les modes de vie devront être modifiés à grande échelle, ce qui impliquera nécessairement de nouvelles dépenses, sous peine de peser sur les entreprises, l’emploi et le pouvoir d’achat des ménages. Toutes ces modifications structurelles de l’économie pèseront sur les entreprises, et c’est ce poids que nous devons évaluer en tant que gestionnaire d’actifs. Analyser le risque de transition, c’est mesurer l’impact éventuel sur les entreprises (et sur les actifs financiers) qui résultera de la mise en place d’un modèle économique bas carbone. En tant qu’investisseurs, il faut intégrer la transition climatique dans l’analyse stratégique des entreprises afin d’éviter une baisse de la valeur des actifs mais aussi de saisir d’autres opportunités sur le long terme. Par exemple, un risque de transition bien identifié est celui des actifs échoués, c’est-à-dire sans valeur, du fait de leur incompatibilité avec une économie bas carbone. C’est le cas des infrastructures liées aux capacités de production d’énergies fossiles qui servent à l’extraction, alors même que plus de 80 % des réserves fossiles connues devront rester dans le sol si nous souhaitons atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Il faudra alors sacrifier ces actifs, or ces capacités de production d’énergies fossiles se chiffreraient à $12 000 milliards selon l’IRENA (International Renewable Energy Agency) dans la Revue de Stabilité Financière (Banque de France, 2019). On peut aisément imaginer l’impact financier colossal pour les entreprises impliquées. Cet exemple est parlant, il résume bien l’ampleur du risque de voir des actifs « s’échouer ».

Quantifier les risques de transition sur un portefeuille s’avère être un exercice complexe nécessitant une méthodologie robuste, mais dans le nouveau monde bas carbone des prochaines décennies, il s’agira d’une approche indispensable pour maîtriser la gestion d’un portefeuille sur le long terme.

Interview de Thomas Page-Lecuyer, Spécialiste en investissements senior, Climat et ESG chez Aviva Investors France.