Sous un soleil écrasant, le mercure avoisine 35°C, contre 26 à 27°C dans les murs de la médiathèque James-Baldwin. Un "refuge climatique" pour les habitants de ce quartier populaire du XIXe arrondissement, alors que Paris repasse en vigilance rouge canicule.
Concentrée sur son écran d'ordinateur, Anaïs, 29 ans, est venue réviser son master en psychologie. "J'habite dans une bouilloire thermique et je viens à la médiathèque dès qu'il fait trop chaud parce que je ne peux pas tenir chez moi", témoigne la jeune femme.
Non loin, Éric, 69 ans, effectue sa revue de presse quotidienne. "Ma petite bibliothèque de quartier est passée en régime canicule et ferme à 14H00 parce que le soleil tape trop fort sur le bâtiment. Alors je viens ici", explique le retraité, qui a enregistré "jusqu'à 30°C" dans son appartement en pleine canicule, contre "36°C" chez ses voisins du dernier étage.
Située dans le très minéral quartier de la Place des Fêtes, la médiathèque James-Baldwin a pour particularité d'être estampillée "îlot de fraîcheur" dans les documents de la Ville, tout en fonctionnant sans climatisation.
Inaugurée en 2024, elle est née de la réhabilitation de l'ancien lycée hôtelier Jean-Quarré, construit en 1976, et jouxte la Maison des réfugiés.
Les deux bâtiments ont été rénovés selon les principes de l'architecture bioclimatique, couplée à une ventilation naturelle, pour un budget de 18 millions d'euros.
"Cette architecture puise dans les ressources de son environnement, à savoir l'air, le soleil, la terre, la nature, pour assurer un confort d'été comme d'hiver", explique à l'AFP son architecte Philippe Madec, qui conçoit depuis 30 ans des bâtiments bioclimatiques.
Parmi les secrets de sa conception, un puits dépressionnaire creusé au centre du bâtiment forme un patio végétalisé source de fraîcheur.
"C'est une petite machine naturelle. En été, la fraîcheur du patio pénètre dans le bâtiment et permet de maintenir des températures qui ne dépassent jamais les 26 ou 27 degrés", détaille Philippe Madec.
- "Le bâtiment a résisté" -
Le dispositif repose également sur une isolation extérieure des murs, des brise-soleil orientables sur les vitres, un long mur en terre coulée source d'inertie, une double hauteur sous plafond favorisant l'évacuation de l'air chaud, une mantille de bois protégeant du soleil la façade sud, ainsi que des brasseurs d'air et de petites fenêtres permettant de faire entrer la fraîcheur la nuit.
Pour le maire (PS) du XIXe François Dagnaud, l'adaptation au changement climatique a été un critère central dans le choix du projet.
"Quand vous avez des bibliothèques avec de grandes baies vitrées, ça devient très vite invivable dès que les températures grimpent", observe-t-il.
Lors du dernier épisode caniculaire, certaines bibliothèques ont également dû faire face à des pannes de climatisation quand James-Baldwin a accueilli jusqu'à 1.200 visiteurs par jour, ainsi que des classes de maternelle le matin.
Au rez-de-chaussée, un espace avec des nattes au sol avait été aménagé pour les familles venues avec de jeunes enfants.
"On a connu la pire canicule jamais enregistrée jusqu'à présent et le bâtiment a résisté", se félicite Sophie Bobet, directrice de l'établissement.
L'affluence a toutefois saturé les salles de travail, au point qu'un espace supplémentaire a dû ouvrir dans le bureau partagé avec la Maison des réfugiés.
"Nous avons considéré que la priorité était l'accueil des habitants", souligne Sophie Bobet.
Elle reconnaît néanmoins qu'un temps d'adaptation a été nécessaire pour maîtriser le fonctionnement du bâtiment. "Il faut avoir les bons gestes pour maintenir une température correcte", assure la directrice, se rappelant encore la mise en service tardive de radiateurs soufflant de l'air frais ou des brasseurs d'air réglés "dans le mauvais sens".
Reste un bémol pour Jeanne, 38 ans, metteuse en scène de théâtre: les horaires d'ouverture estivaux, plus restreints. "J'habite dans une tour, Place des Fêtes, où le soleil chauffe très fort, et j'alterne travail dans les cafés quand la médiathèque est fermée, puis j'y vais l'après-midi", explique-t-elle. Elle espère aussi l'ouverture du jardin ombragé situé à l'arrière du bâtiment pour pouvoir "passer des coups de fil".