A Paris, les difficultés de Vélib' de retour au premier plan

Vélos inutilisables ou défectueux, assistance électrique en panne, stations vides... Quatre ans après le fiasco du changement d'opérateur de Vélib', le vélo en libre-service parisien est toujours très loin d'apporter satisfaction et le ton monte entre les élus et le prestataire Smovengo.

"Cela fait 20 minutes que je cherche un vélo dans la zone Daumesnil. Ici, en apparence, 43 spots, 25 vélos dispos. Pas un seul vélo mécanique qui fonctionne!" Ce message, qu'une utilisatrice en colère a publié en décembre sur Twitter, n'étonnera pas les quelque 360.000 abonnés, habitués à devoir s'armer de patience pour décrocher un Vélib' en bon état dans l'une des 1.400 stations situées à Paris et 60 communes de petite couronne.

Vélos bloqués en station, pédale se décrochant en pleine course, assistance électrique défectueuse: dans le rapport du dernier comité des usagers, tenu le 12 janvier, les critiques sont nombreuses et ne concernent pas seulement la maintenance, mais aussi la prise en charge des réclamations, jugée insuffisante.

-"Préoccupation persistante"-

De quoi déclencher une salve inattendue des élus du syndicat mixte Autolib' Vélib' Métropole (SAVM) qui ont, le 25 janvier, fait savoir par communiqué "leur préoccupation persistante" vis-à-vis de Vélib'. "Le nombre de vélos, la régulation et la disponibilité effective du service sont en-deçà du niveau attendu pour le premier service public de vélos partagés en stations du monde", écrivent-ils.

En 2017, le groupement d'entreprises Smovengo avait remporté au nez et à la barbe de JCDecaux, l'opérateur historique, ce marché à 478 millions d'euros et pour une durée de 15 ans. Mais l'installation et le raccordement des nouvelles stations avait viré au cauchemar et Vélib' 2 avait mis des mois à se déployer correctement, fragilisant la maire PS de Paris Anne Hidalgo.

Quatre ans plus tard, "le service n'est ni optimal, ni satisfaisant, mais il est délivré" et "s'est quand même amélioré sur certains points", commente auprès de l'AFP David Belliard, l'adjoint (EELV) aux mobilités.

Le président du SAVM Sylvain Raifaud, un autre élu écologiste, doit lui aussi jouer l'équilibriste avec Smovengo, auquel il a en 2021 accordé une rallonge, principalement financée par une augmentation des tarifs des abonnements. Alors estimée à 4 millions d'euros par an sur 3 ans, elle est aujourd'hui contestée par Smovengo qui évoque 1,1 million pour l'année écoulée.

"La part de stations non vides comprenant au moins un vélo en état de fonctionnement dépasse 50% en 2021 alors qu'elle devrait être de l'ordre de 98%", dit M. Raifaud en rapportant à l'AFP la "procédure contradictoire" en cours. Et sans nier les informations du Canard enchaîné faisant état de 9,7 millions d'euros de pénalités dont serait redevable Smovengo pour "non-respect des critères de qualité" en 2021.

-"Convalescent"-

Soulignant la sur-utilisation des vélos, en particulier électriques, le président de Smovengo a répliqué dans une lettre aux élus au ton offensif. "Vélib' reste convalescent", prévient Stéphane Volant pour qui la somme des pénalités "dépasserait le montant que Smovengo investira cette année dans le renouvellement de sa flotte de vélos" et aurait donc un effet "destructeur".

"La thérapie évoquée achèverait à coup sûr le malade, alors que les efforts que Smovengo consent à vos côtés sont très loin d'être négligeables", insiste le patron de Smovengo qui dit avoir investi près de 14 millions d'euros en 2021 et annonce toute une série de mesures pour 2022: 4.000 nouveaux vélos électriques, livrés entre le printemps et l'été; plan de 2,7 millions sur la maintenance et la régulation, avec l'embauche de 35 techniciens supplémentaires; remplacement des pneus; traitement plus rapide des signalements...

"Si Vélib' était si nul, les clients déserteraient nos vélos pour en emprunter d'autres, ou des trottinettes ou des scooters", se défend encore M. Volant pour qui environ 17.000 sur les 20.000 vélos présents sur le terrain sont "disponibles à la location".

Des arguments suffisants pour éloigner la menace d'une dénonciation de contrat, brandie par l'opposant Nicolas Jeanneté (Les Centristes). Cette dernière option n'est "aujourd'hui pas à l'ordre du jour", répond M. Belliard pour l'exécutif.

pyv/pga/or

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