Des enfants courent pieds nus dans l'herbe, une famille goûte à l'ombre des arbres en plein coeur de Paris... En pleine canicule, la bruyante place du colonel Fabien offre un répit bienvenu aux Parisiens, grâce à la forêt urbaine qui y a vu le jour.
L'alerte orange canicule est étendue jeudi à 17 départements, dont Paris, a averti Météo-France, avec des pointes annoncées à 38-39°C, inédites pour une fin mai.
"J'habite juste là et franchement je trouve ça trop génial de pouvoir me poser, me promener avec mon chien", dit à l'AFP Sixtine (qui ne souhaite pas donner son nom), étudiante en marketing de 23 ans rencontrée mercredi en fin d'après-midi, dans ces 1.760 m2 de verdure agrémentés de terrains de pétanque, qui ont, depuis mars, remplacé un rond-point dans le nord de Paris.
"J'aime beaucoup venir ici, on sent vraiment que c'est plus frais, ça évite la chaleur dans les rues", ajoute-t-elle.
Au-delà de l'"esthétique", la quatrième forêt urbaine créée par la Ville fournit "un refuge pendant les fortes vagues de chaleur aux Parisiennes et Parisiens, aux touristes de passage, aux plus vulnérables, aux sans-abris".... car les 79 arbres plantés font baisser la température d'environ 4 degrés, dit Aminata Niakaté, adjointe au maire en charge de la végétalisation de l'espace public.
"C"est dû à trois effets: l'ombre des arbres crée de la fraîcheur, les arbres captent de l'eau dans le sol et la relâchent dans l'air comme un vaporisateur naturel, c'est l'évapotranspiration, et le sol débitumé capte et rejette moins la chaleur" explique-t-elle.
Paris fait partie des villes européennes où le risque de surmortalité liée à la chaleur est le plus élevé: quand la température est supérieure à la normale, la mortalité est multipliée par 1,6 chez les plus de 85 ans, selon une étude publiée dans The Lancet en 2023.
Or lors de "la grande canicule de 2003, le constat qui avait déclenché le sentiment d'urgence d'agir contre le réchauffement climatique, c'est qu'en fin de nuit à Paris il faisait 8 degrés de plus qu'en grande banlieue", souligne Renaud Paque, chef de la mission de végétalisation de l'espace public parisien "100 hectares".
- "Amélioration de la santé physique et mentale" -
Au sein de la capitale, les arrondissements les plus végétalisés présentent un risque plus faible de décès pendant les canicules, a montré une étude publiée en janvier par l'Inserm, le Barcelona Institute for Global Health et la London School of Hygiene & Tropical Medicine.
Au-delà de l'effet rafraîchissant de la végétation, "la réduction de la pollution et l'amélioration de la santé physique et mentale pourraient jouer un rôle déterminant", expliquait Hicham Achebak (Inserm) premier auteur de l'étude, "bien que les mécanismes exacts doivent encore être explorés".
Pour les chercheurs, "renforcer la place de la nature en milieu urbain" est "un levier majeur pour protéger la santé des Parisiennes et des Parisiens face au réchauffement climatique", résumait M. Achebak.
Elu en mars, le maire PS Emmanuel Grégoire a promis une végétalisation "massive" de la ville pour protéger les plus fragiles des canicules.
Autre réalisation: la rue Pailleron qui dessert un collège, un lycée et des équipements sportifs, a été végétalisée et partiellement piétonnisée: c'est l'une des 300 "rues aux enfants" de la capitale -qui doivent être portées à 1.000.
"Des enfants s'amusent, des ados font du vélo ou se retrouvent, ils ont des bancs pour s'asseoir, des fontaines pour boire: tout ça fabrique de la vie collective", souligne M. Paque.
La municipalité prépare déjà la population à un scénario de canicule d'une intensité inédite: fin 2023, elle a organisé "Paris à 50 degrés", un exercice grandeur nature mobilisant sapeurs-pompiers, associations de sécurité civile, opérateurs de réseaux et les habitants, résidents d'Ehpad et enfants dans deux arrondissements.
Un scénario cauchemardesque qui pourrait devenir réalité à partir de 2050, selon une étude publiée en septembre 2024 dans la revue Climate Services.