Eau de pluie réutilisée, irrigation par les racines: face au réchauffement climatique, les stades cherchent le bon équilibre pour combiner arrosage raisonné des pelouses et maintien de la qualité sportive du gazon.
"On va avoir des pénuries d'eau dans les années à venir, et les gens ne vont pas comprendre que chez eux ils n'aient pas le droit d'arroser alors que dans les stades on arrose", met en avant Bertrand Picard, PDG de Natural Grass, entreprise qui a installé et entretient 70% des gazons de Ligue 1.
Depuis deux ans, Natural Grass propose également un système de sub-irrigation des pelouses: "au lieu d'arroser par-dessus, on fait monter une nappe d'eau sous le terrain par capillarité. Comme dans la nature, on pousse l'herbe à aller chercher l'eau en profondeur et elle devient plus robuste. On se retrouve avec des terrains pouvant encaisser des enchaînements de matches très importants", explique-t-il à l'AFP.
A ses pieds, le stade Jean Bouin déroule un tapis de jeunes pousses vert tendre, semées pendant la pause sportive estivale.
L'enceinte parisienne, qui accueille à l'année le Paris FC (foot) et le Stade français (rugby), a opté l'été dernier pour cette technologie baptisée Aquaflow - déjà utilisée sur neuf terrains de foot marocains et en train d'être déployée au stade Geoffroy-Guichard de Saint-Etienne.
"On est le seul club de Ligue 1 où on a un championnat de rugby et de foot dans le même stade, il nous fallait une pelouse suffisamment résistante. Une autre raison, c'est évidemment de faire des économies d'eau, et là on s'est rendu compte qu'on fait à peu près 40% d'économies d'eau par rapport à un terrain classique car on est en circuit fermé", souligne Arnaud Campanella, secrétaire général du Paris FC.
- "Pelouse autonome en eau" -
Avec ce système, l'eau de pluie peut être stockée puis réinjectée selon les besoins de cette pelouse naturelle dite "renforcée", qui contient moins de 1% de fibres synthétiques pour stabiliser le sol.
"On a quasiment 80% de perte d'eau par évaporation avec un arrosage aérien", qui en plus favorise "les maladies et le développement des champignons", relève encore M. Campanella.
Le Paris FC a d'ailleurs choisi d'installer ce même système d'irrigation pour les trois terrains de son nouveau centre d'entraînement à Orly.
"A Orly, les capacités de stockage d'eau sont beaucoup plus importantes. Et dans un stade où on récolterait aussi l'eau de pluie qui arrive sur les toits, comme à Geoffroy-Guichard, on est capable de rendre la pelouse complètement autonome en eau", affirme Bertrand Picard.
Dans l'Hexagone, l'ensemble des 36 stades de Ligue 1 et Ligue 2 disposent aujourd'hui d'un système d'irrigation piloté automatiquement, "permettant d'ajuster, lorsque cela est nécessaire, l'humidification des pelouses en fonction de leur état", détaille à l'AFP la Ligue de football professionnel (LFP).
Dix des clubs de L1 et L2 utilisent également "des eaux alternatives" pour l'irrigation de leur terrain, par exemple via des cuves de récupération des eaux de pluie, et 24 ont installé des outils météorologiques afin "d'ajuster en temps réel les apports hydriques".
- Jardinier anglais -
La LFP rappelle également que plusieurs critères liés aux dispositifs d'économie d'eau entrent en compte pour obtenir la "Licence Club" qu'elle délivre, obligatoire si un club veut toucher l'intégralité des droits TV.
"L'irrigation constitue également un enjeu de sécurité pour les joueurs: un gazon trop sec ou présentant une densité insuffisante a déjà démontré son caractère potentiellement dangereux, en augmentant notamment le risque de blessures", tient à souligner la LFP.
De son côté, la Fédération française de football (FFF) souligne dans sa "fiche pratique" dédiée à la construction des terrains en pelouse naturelle - elle en recense plus de 19.000 sur le territoire - l'importance de bien choisir les substrats pour le drainage de l'eau, et indique que les semences pour gazon doivent aussi être sélectionnées pour leur "résistance à la sécheresse".
Au stade Jean-Bouin, c'est un mélange de deux variétés résistantes, pâturin des prés et "ray grass", qui a été choisi. Et un nouveau chef jardinier originaire d'Angleterre - connue pour la qualité de ses pelouses - a été spécialement recruté l'été dernier pour veiller sur le nouveau gazon.