Nouvel épisode des tensions au Parti socialiste sur la route de la présidentielle: le Premier secrétaire Olivier Faure a été désavoué lundi par ses députés qui n'ont pas voulu renverser Sébastien Lecornu, le Premier ministre résistant aisément à une motion de censure ciblant son "inaction climatique".
Seuls 132 députés ont soutenu l'initiative du groupe Écologiste de l'Assemblée nationale, issus principalement de ce groupe et des rangs Insoumis.
Vingt socialistes sur 68 l'ont votée, dont Olivier Faure, suscitant des remous en interne. "Respecter le sens du vote du groupe (...) devrait être aussi la responsabilité et le devoir d'un premier secrétaire", a fustigé l'entourage de son opposant Boris Vallaud, chef des députés PS.
Ce score de 132 voix est bien éloigné des 289 voix nécessaires pour faire tomber le gouvernement. Ce résultat ne faisait aucun doute, le Rassemblement national ayant annoncé de ne pas vouloir "rendre service" aux Écologistes en joignant ses voix à cette partie de la gauche.
Sébastien Lecornu en a tout de même profité pour défendre son action, accusant les signataires de la motion "d'instrumentaliser les victimes" de ces épisodes successifs de forte chaleur.
Surtout, cette motion de censure visait selon lui "à éprouver les rapports de force à gauche, à exercer une pression sur ses différentes composantes et à distribuer des brevets d'opposition avant l'élection présidentielle", a-t-il lancé. "Personne n'est dupe", a-t-il ajouté.
Ce débat, qui s'est tenu dans un hémicycle quasiment vide, a en effet exacerbé les divisions au PS, entre Olivier Faure qui avait promis d'"adresser un avertissement clair", et une majorité du groupe PS qui défendait une position inverse.
Le Premier secrétaire, apparu bien esseulé lundi dans l'hémicycle, a voulu adresser "un bras d'honneur à ceux qui veulent entraîner le parti dans une direction de rupture avec le reste de la gauche", a assuré l'un de ses proches après le vote.
"Notre responsabilité n'est pas d'ajouter de l'instabilité à l'inaction. Le changement climatique n'attend pas les élections", a au contraire expliqué le député Fabrice Barusseau, orateur des socialistes à la tribune.
Chez les Insoumis, le choix d'Olivier Faure n'a pas vraiment réchauffé les relations avec le PS: "Il a refusé dix fois la censure pour sauver Macron. Maintenant, il met un maillot d'insoumis pour voter avec nous et les écolos la censure de Lecornu. Ce n'est plus une girouette, c'est un ventilateur", a piqué Jean-Luc Mélenchon sur X.
Sébastien Lecornu avait répondu dimanche à une partie des demandes du PS, en annonçant notamment l'inscription au Sénat d'une proposition de loi sur l'adaptation au changement climatique.
"Les Français suffoquent de la canicule. Et si le gouvernement regarde ailleurs, le censurer est un devoir", a écrit la patronne des Écologistes Marine Tondelier sur X.
- Vote crucial jeudi au PS -
Cette divergence entre le patron du parti et les députés socialistes intervient à quelques jours d'un vote crucial des militants du PS, appelés à trancher jeudi 9 juillet sur la stratégie de désignation d'un candidat pour la présidentielle, avec deux scénarios de primaires sur la table.
Tous deux actent qu'il y aura une primaire réservée au camp social-démocrate (avec des candidats socialistes et Raphaël Glucksmann) mais elles diffèrent sur le corps électoral.
La première, soutenue par Olivier Faure, souhaite qu'elle soit ouverte aux sympathisants et n'exclut pas l'organisation d'une seconde primaire ensuite avec le reste de la gauche non-mélenchoniste (Marine Tondelier, François Ruffin, Clémentine Autain...).
La seconde option souhaite qu'elle soit réservée aux seuls militants du PS et de Place Publique, le parti de M. Glucksmann, et n'envisage pas de seconde primaire ensuite.
Selon l'entourage de Boris Vallaud, le vote sur la motion de censure ne reproduit pas les dissensions sur la stratégie pour 2027, arguant que des députés soutiens du Premier secrétaire se sont tout de même opposés à censurer le gouvernement sur la canicule.
Néanmoins, "cela renforce la confusion générale autour du PS", reconnait un député opposant à Olivier Faure.
"C'est un nouveau signe d'un retour à l'ère Hollande. On l'a déjà dit à plusieurs reprises : cette inclinaison-là se fera sans nous", appuie un proche de Marine Tondelier.
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