NDDL: les ministres à Matignon, les zadistes en plantation

Camion venant collecter le lait, plantation de navets dans un jardin collectif : sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, "la vie continue" pour ses occupants en voie de régularisation, dans l'expectative mercredi d'un arbitrage gouvernemental sur la reprise ou non des opérations d'expulsions.

"On est suspendu à la décision, on attend forcément. Mais s'il fallait s'arrêter à chaque fois qu'il y a une menace d'expulsion, on ne ferait jamais rien ici", lance Tyfanie, son râteau ôtant de la paille dans le jardin collectif du "Rouge et Noir". Situé près de l'ex-"route des chicanes", le champ alimente en légumes le "non marché" de la ZAD, où tout est à prix libre.

Comme chaque mercredi, un chantier collectif est ouvert à toute personne souhaitant donner un coup de main, et ce n'est pas la réunion au sommet à Matignon, devant faire le point sur "le processus de retour à l'État de droit" à Notre-Dame-des-Landes autour du Premier ministre Édouard Philippe, qui bouleversera les travaux aux champs.

"Finalement, on n'a raté qu'une semaine, au début des opérations d'expulsions. Ça a été un peu galère ces derniers temps. On a dû arroser un soir avec les masques à gaz, et ce week-end ça nous a pris 12h pour amener deux remorques de fumier car les flics bloquaient la route", raconte une des membres du jardin collectif, l'un des projets agricoles déposés en préfecture et en cours d'instruction par les services de l'État.

"Je ne suis pas très positive, j'ai l'impression qu'au gouvernement, ils ne sont pas d'accord entre eux et s'embrouillent autant que nous", estime la jeune femme. "En attendant qu'ils décident, on plante des navets. On continue comme on a toujours fait. On n'a pas trop le choix, on ne veut pas laisser le champ en ruines, même s'il n'existe plus la semaine prochaine", ajoute-t-elle.

- "On navigue à vue" -

A l'extrémité ouest de la ZAD, à Saint-Jean-du-Tertre, une odeur de pain grillé accueille le camion du laitier. "Empêché" de passer à deux reprises depuis le début des opérations de gendarmerie, il connaît désormais le "chemin secret" pour accéder à cette ferme squattée depuis avril 2014 pour entraver sa destruction.

"On a dû jeter 750 litres de lait dans les foins et j'espère que dans les jours à venir, on n'aura pas à nouveau des barricades sur les routes", indique Willem Doedens, 30 ans, fils d'agriculteur et l'un des tous premiers zadistes à avoir adhéré à la mutuelle sociale agricole (MSA), en janvier 2016.

Le projet agricole de cet éleveur laitier bio a beau être "une réalité" et semble avoir retenu l'attention des autorités, il n'a "aucune garantie" de pouvoir pérenniser son activité.

"On nous dit de déposer des projets viables, mais on ne peut pas construire des projets viables dans la précarité. On navigue à vue, on ne sait pas ce qu'on aura comme parcellaire, ce qu'on pourra dégager comme revenus", soupire le jeune homme, casquette vissée sur la tête et bottes aux pieds.

Squattant actuellement 36 hectares de terres, il espère à terme pouvoir disposer du double, pour travailler en rotation avec un paysan-boulanger de la ZAD, et "faire vivre trois personnes". "Mais on est en conflit sur la majorité des parcelles avec des agriculteurs qui ont été indemnisés et qui signent des conventions d'occupation précaire, ce n'est donc pas du tout réglé", pointe Willem.

La même interrogation se pose sur la maison qu'il occupe sans droit ni titre avec sa compagne et son fils de dix-huit mois, d'où il n'imagine pas partir. "Depuis le temps qu'ils (les gendarmes) sont là, au prix où ça coûte, l'État aurait eu les moyens de nous payer à tous des fermes à l'extérieur pour nous faire partir si c'était ça la volonté", glisse l'éleveur laitier, sourire aux lèvres.

Comme beaucoup de zadistes, il réclame au gouvernement "du temps". "La régularisation, ça demande de pouvoir travailler sereinement. Se former, acquérir des bases techniques, économiques, ça ne se fait pas en quinze jours", souligne Willem.

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