Municipales: les enjeux de la bataille pour Paris

Au-delà des polémiques individuelles, la bataille à Paris se joue sur les projets des candidats pour la capitale, aux mains des socialistes depuis 25 ans. Voici un tour d'horizon de leurs programmes:

Logement

A Paris, où les loyers n'ont cessé de grimper et où l'offre locative se raréfie avec près d'un logement sur cinq vacant, le clivage droite-gauche se cristallise sur le logement social.

Emmanuel Grégoire, tête de liste de la gauche hors LFI, s'engage à créer 60.000 logements publics (sociaux et abordables), un rééquilibrage à l'ouest, et souhaite interdire les nouvelles résidences secondaires. Sa concurrente LFI Sophia Chikirou, qui reproche à la majorité sortante d'avoir "gentrifié" Paris, promet la création de 80.000 logements publics et d'augmenter la taxe foncière.

La droite propose au contraire un coût d'arrêt aux préemptions "coûteuses", afin d'investir dans la rénovation.

Rachida Dati, candidate LR et MoDem, prévoit une exonération de la taxe foncière pendant cinq ans des logements sortis des étiquettes G ou F et une rénovation de 10.000 logements sociaux par an. Pierre-Yves Bournazel (Horizons/Renaissance) promet de rénover l'intégralité du parc social d'ici 10 ans et de regagner 60.000 logements en remettant des biens vacants ou saisonniers sur le marché.

L'eurodéputée d'extrême droite Sarah Knafo (Reconquête) veut supprimer l'encadrement des loyers et diviser par deux la taxe foncière.

Mobilités

Les douze années de mandat d'Anne Hidalgo se sont traduites par une accélération de la végétalisation, de la piétonnisation et le développement de pistes cyclables (1.500 km de linéaires).

En dehors de la candidate Reconquête qui veut rouvrir des voies sur berges à la circulation avec une voie piétonne au-dessus, aucun programme ne remet fondamentalement en cause ces évolutions.

Le député PS fixe un objectif de "1.000 rues piétonnes". Il prévoit de transformer les 15 lignes de bus les plus empruntées en lignes "express" et d'expérimenter l'ouverture 24h/24 du métro.

La députée LFI entend municipaliser la gestion des Vélib' et créer un service public du vélo.

Sur le périphérique, passé à 50 km/h en 2024, les colistiers écologistes de M. Grégoire veulent installer un passage piéton. Rachida Dati veut rétablir les 70 km/h, Sarah Knafo passer à 80 km/h.

L'opposition souhaite "remettre de l'ordre" dans l'espace public, Mme Dati faisant du piéton sa "priorité" avec la transformation des quais de Seine en "grand parc urbain patrimonial". Elle veut également supprimer la zone à trafic limitée dans Paris Centre.

Son concurrent de centre-droit prévoit de supprimer 70.000 places de stationnement en surface et créer 10.000 places de livraison.

Sécurité

A droite et à l'extrême droite, Rachida Dati, Pierre-Yves Bournazel, Sarah Knafo et Thierry Mariani (RN) prônent l'armement létal de la police municipale, créée en 2021 dans la capitale, et une hausse conséquente des effectifs, actuellement de 4.000 dont plus de la moitié sur le terrain. Ainsi qu'une augmentation du nombre de caméras de vidéoprotection.

Parmi les mesures phares de la droite: des grilles autour du Champ-de-Mars (Mme Dati), le déploiement d'un policier dans chaque métro le soir (M. Bournazel), des lampadaires dotés d'une IA (Mme Knafo) et une "brigade anti-campements clandestins" (M. Mariani).

Opposé à l'armement létal, Emmanuel Grégoire souhaite recruter 1.000 agents supplémentaires et installer des "kiosques" mobiles sur les "points chauds".

Sophia Chikirou souhaite aussi plus d'agents et des antennes de proximité au sein des maisons de quartier.

Propreté

En 2025, 71% des Parisiens se disaient mécontents du bilan d'Anne Hidalgo sur la propreté. A droite comme à l'extrême droite, les candidats veulent privatiser la collecte des déchets, estimant que le privé - déjà en charge dans la moitié des arrondissements - ferait mieux que le public. La maire du VIIe arrondissement entend en plus mettre en place des brigades d'intervention d'urgence.

Le député socialiste veut lui créer des brigades anti-incivilités au sein de la police municipale et porter à 500 euros minimum les amendes pour dépôt sauvage. La députée Insoumise veut remunicipaliser progressivement la collecte et recruter 300 agents supplémentaires.

Ecoles

Emmanuel Grégoire promet de moduler les dotations financières aux établissements privés en fonction de critères de mixité sociale. Rachida Dati et Sarah Knafo entendent elles "assurer une équité de traitement" entre public et privé, jugeant ce dernier aujourd'hui désavantagé.

Dans le périscolaire, secoué par des affaires de violences sexuelles, tous les candidats s'engagent à empêcher qu'un adulte puisse se retrouver seul avec un enfant, dans un contexte de manque d'attractivité des métiers de l'animation.

M. Grégoire propose de mettre fin aux contrats de vacations morcelées en recrutant 2.800 agents sur des temps continus.

Mme Dati souhaite un retour à la semaine de quatre jours et imposer des binômes d'animateurs en permanence ainsi qu'un contrôle approfondi des animateurs, également proposé par M. Bournazel et Mme Knafo - ce que la Ville assure faire déjà.

Pierre-Yves Bournazel veut instaurer un nouveau règlement et promet 7.000 titularisations d'animateurs vacataires.

Sophia Chikirou veut titulariser 4.000 vacataires et atteindre 10.000 permanents en 2032. Sarah Knafo préfère en appeler aux grands-parents pour l'animation.