Nouvel épisode des tensions au PS: le Premier secrétaire Olivier Faure a été désavoué par ses députés qui ont décidé de ne pas voter lundi la censure de Sébastien Lecornu, Premier ministre venu à l'Assemblée défendre son action face aux canicules sans crainte d'être renversé.
Peu après 14h00, le chef du gouvernement s'est exprimé à la tribune, accusant les signataires de la motion "d'instrumentaliser les victimes" de ces épisodes successifs de forte chaleur.
Surtout, selon M. Lecornu, cette motion de censure "vise à éprouver les rapports de force à gauche, à exercer une pression sur ses différentes composantes et à distribuer des brevets d'opposition avant l'élection présidentielle" a-t-il lancé, s'adressant spécifiquement aux Ecologistes et aux Insoumis. "Personne n'est dupe", a-t-il ajouté.
LFI et Ecolos reprochent au gouvernement d'avoir "aggravé" les "vulnérabilités du pays" notamment "en coupant les budgets de l'adaptation" ou en "poursuivant des politiques d'aménagement et d'agriculture incompatibles avec la réalité du changement climatique".
Mais le Premier ministre s'avance sans crainte devant les députés: en l'absence de soutien du Rassemblement national qui ne veut pas "rendre service" aux Ecologistes, cette motion n'a aucune chance de recueillir les 289 voix nécessaires pour le faire tomber.
Le débat exacerbe néanmoins à nouveau les divisions de la gauche, y compris à l'intérieur du PS.
Alors qu'Olivier Faure avait annoncé dimanche qu'il voterait cette motion de censure pour "adresser un avertissement clair", le groupe PS à l'Assemblée a décidé lundi matin de l'attitude inverse, à une majorité des deux tiers selon des participants.
"Nous partageons (...) la colère contre l'inaction climatique d'Emmanuel Macron", mais les Français attendent "des solutions plutôt que d'entrer dans une crise politique sur ce sujet", a expliqué le groupe socialiste.
Sébastien Lecornu avait répondu dimanche à une partie de ses demandes, en annonçant l'inscription au Sénat d'une proposition de loi sur l'adaptation au changement climatique, mais sans accéder à leur demande de hausse du Fonds vert.
La baisse ces dernières années de ce fonds, destiné à financer les projets des collectivités territoriales pour l'adaptation au changement climatique, est un des principaux reproches faits au gouvernement par la gauche.
- Vote crucial jeudi au PS -
Cette divergence entre le patron du parti, qui n'a à ce stade pas réagi au vote de son groupe, et les députés socialistes intervient à quelques jours d'un vote crucial des militants du PS, appelés à trancher jeudi 9 juillet sur la stratégie de désignation d'un candidat pour la présidentielle, avec deux scénarios de primaires sur la table.
Tous deux actent qu'il y aura une primaire réservée au camp social-démocrate (avec des candidats socialistes et Raphaël Glucksmann) mais elles diffèrent sur le corps électoral.
La première, soutenue par Olivier Faure, souhaite qu'elle soit ouverte aux sympathisants et n'exclut pas l'organisation d'une seconde primaire ensuite avec le reste de la gauche non mélenchoniste (Marine Tondelier, François Ruffin, Clémentine Autain...).
La seconde option souhaite qu'elle soit réservée aux seuls militants du PS et de Place Publique, le parti de M. Glucksmann, et n'envisage pas de seconde primaire ensuite.
Selon l'entourage de Boris Vallaud, opposant en interne à Olivier Faure, le vote sur la motion de censure ne reproduit pas les dissensions sur la stratégie pour 2027, arguant que des députés soutiens du Premier secrétaire se sont tout de même opposés à censurer le gouvernement sur la canicule.
Néanmoins, "cela renforce la confusion générale autour du Parti socialiste", reconnait un député opposant à Olivier Faure.
Selon lui, il faut interpréter le choix du patron du PS comme "presque un acte de déclaration de candidature à la présidentielle", une manière de dire qu'il est "prêt à prendre (son) risque d'être minoritaire dans (son) groupe sur la censure".
La décision des députés socialistes de ne pas voter la censure a en tout cas réjoui les Insoumis: "Ils confirment leur dissolution définitive dans le bloc macroniste", a martelé sur X le député LFI Aurélien Le Coq. "Fort heureusement, les électrices et les électeurs de gauche disposent d'un bulletin de vote en 2027 avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon", a renchéri son collègue Paul Vannier.
"C'est un nouveau signe d'un retour à l'ère Hollande. On l'a déjà dit à plusieurs reprises : cette inclinaison-là se fera sans nous", a appuyé un proche de la patronne des Ecologistes Marine Tondelier.
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