Nouvel épisode des tensions au PS à quelques jours d'un scrutin interne clé pour la présidentielle: le Premier secrétaire Olivier Faure a été désavoué par ses députés qui ont décidé de ne pas voter lundi la censure du gouvernement sur son "inaction climatique".
Les députés examinent lundi à 14H00 une motion de censure, signée par les Ecologistes et des Insoumis, qui, après plusieurs épisodes de fortes chaleurs et de canicule depuis mai, reprochent au gouvernement d'avoir "aggravé" les "vulnérabilités du pays (...) en coupant les budgets de l'adaptation, en affaiblissant les opérateurs publics et en poursuivant des politiques d'aménagement et d'agriculture incompatibles avec la réalité du changement climatique".
En l'absence de soutien du Rassemblement national qui ne veut pas "rendre service" aux écologistes, cette motion n'a aucune chance de recueillir les 289 voix nécessaires pour faire tomber le gouvernement.
Mais la gauche a réussi une nouvelle fois à montrer ses divisions, y compris à l'intérieur du PS.
Alors qu'Olivier Faure avait annoncé dimanche qu'il voterait cette motion de censure pour "adresser un avertissement clair", le groupe PS à l'Assemblée a décidé lundi matin de l'attitude inverse, à une majorité des deux tiers selon des participants.
"Nous partageons (...) la colère contre l'inaction climatique d'Emmanuel Macron", mais les Français attendent "des solutions plutôt que d'entrer dans une crise politique sur ce sujet", a expliqué le groupe socialiste.
Sébastien Lecornu avait répondu dimanche à une partie de ses demandes, en annonçant l'inscription au Sénat d'une proposition de loi sur l'adaptation au changement climatique, mais sans accéder pour autant à leur demande de hausse du Fonds vert.
La baisse ces dernières années de ce fonds, destiné à financer les projets des collectivités territoriales pour l'adaptation au changement climatique, est un des principaux reproches faits au gouvernement par la gauche.
Dans un courrier aux socialistes, le Premier ministre avait rétorqué que "renverser le gouvernement ne permettra pas de protéger une personne âgée isolée, d'adapter un logement, de rafraîchir un service hospitalier ou de moderniser un réseau d'eau". La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a renchéri lundi en dénonçant une motion de censure "de posture politique".
- vote jeudi au PS sur la présidentielle -
Cette divergence entre le patron du parti, qui n'a à ce stade pas réagi au vote de son groupe, et les députés socialistes intervient à quelques jours d'un vote crucial des militants du PS, appelés à trancher le 9 juillet sur la stratégie de désignation d'un candidat pour la présidentielle, avec deux scénarios de primaires sur la table.
Tous deux actent qu'il y aura une primaire réservée au camp social-démocrate (avec des candidats socialistes et Raphaël Glucksmann en substance) mais elles diffèrent sur le corps électoral.
La première, soutenue par Olivier Faure, souhaite qu'elle soit ouverte aux sympathisants et n'exclut pas l'organisation d'une seconde primaire ensuite avec le reste de la gauche non mélenchoniste (Marine Tondelier, François Ruffin, Clémentine Autain...).
La seconde option souhaite qu'elle soit réservée aux seuls militants du PS et de Place Publique, le parti de M. Glucksmann, et n'envisage pas de seconde primaire ensuite.
Selon l'entourage de Boris Vallaud, opposant en interne à Olivier Faure, le vote sur la motion de censure ne reproduit pas les dissensions sur la stratégie pour 2027, arguant que des députés soutiens du Premier secrétaire se sont tout de même opposés à censurer le gouvernement sur la canicule.
Néanmoins, "cela renforce la confusion générale autour du Parti socialiste", reconnait un député opposant à Olivier Faure.
Selon lui, il faut interpréter le choix du patron du PS comme "presque un acte de déclaration de candidature à la présidentielle", "c'est de dire +Je serai celui qui fera l'union écologique+ (...) je suis prêt à prendre mon risque d'être minoritaire dans mon groupe sur la censure".
La décision des députés socialistes de ne pas voter la censure a en tout cas réjoui les Insoumis: "Ils confirment leur dissolution définitive dans le bloc macroniste", a martelé sur X le député LFI Le Coq. "Fort heureusement, les électrices et les électeurs de gauche disposent d'un bulletin de vote en 2027 avec la candidature de @JLMelenchon", a renchéri son collègue Paul Vannier.