A Montreuil, le cimetière, nouveau refuge de fraîcheur face à la canicule?

Finies les grandes allées bétonnées et les stèles alignées sur des dalles de pierre. Depuis quelques années, Montreuil (Seine-Saint-Denis) végétalise son cimetière. Objectif : faire aussi du lieu de recueillement un îlot de fraîcheur au coeur de cette ville de banlieue parisienne très urbanisée.

"Vous seriez venue il y a quelques années, ça n'avait rien à voir! Il faut vous imaginer: il n'y avait pas un brin d'herbe, que des cailloux!", sourit Thierry Marteau, le référent technique du cimetière, en se tournant fièrement vers le coeur du site.

Créé en 1826, le cimetière de Montreuil et ses 24.000 tombes réparties sur 9,5 hectares, a changé de visage en une petite dizaine d'années.

Face aux épisodes de canicule et de fortes chaleurs de plus en plus fréquents, Patrice Bessac, le maire PCF de la ville, a lancé un projet de débitumisation et renaturation. Et le cimetière en fait partie.

Les stèles sont aujourd'hui entourées d'herbes et de trèfles. Ici un coquelicot, là, un parterre de lavande où butinent abeilles et bourdons.

"Dès que vous mettez de la végétation, quelle qu'elle soit, ça apporte un bienfait, une épuration de l'air et forcément un petit peu de fraîcheur", explique Catherine Dehay, maire adjointe déléguée à l'environnement, l'animal et la nature en ville.

La végétalisation s'est accélérée ces trois dernières années avec 3.000 nouveaux arbres plantés à Montreuil, dont 300 au cimetière. Celui-ci a aussi vu disparaître la quasi-totalité de ses contre-allées bétonnées, remplacées par des étendues d'herbe.

"On explique aux agents qui s'occupent de l'entretien qu'il n'y a pas besoin d'arroser ces parterres. Il faut juste attendre le retour de la pluie", souligne Thierry Marteau.

La commune de plus de 110.000 habitants, est, comme Paris et l'ensemble de la première couronne, une zone très densément peuplée, très minérale, avec un bâti omniprésent, une circulation intense et des activités tertiaires particulièrement gourmandes en énergie.

- "Plus on végétalise, mieux c'est" -

"Tout ça contribue à la surchauffe de la ville par rapport à une zone non urbanisée", explique Martin Hendel, enseignant-chercheur au Laboratoire interdisciplinaire des énergies de demain. "Plus on végétalise, mieux c'est car cela fonctionne comme la transpiration pour nous, c'est-à-dire que l'eau qui s'évapore augmente l'humidité et régule la température."

"En ville, les surfaces disponibles sont assez limitées et les contraintes sont très fortes, donc on fait avec ce qu'on a et les cimetières sont des zones qui bénéficient beaucoup à être végétalisées", reconnaît Martin Hendel.

Dans les 27 km d'allées enherbées du cimetière de Montreuil, les jeunes arbres plantée ces dernières années ont été sélectionnés pour leur capacité à résister aux fortes chaleurs.

Les plus anciens procurent eux un ombrage apprécié par les visiteurs, dont ce jour où le mercure dépasse les 30°C, deux adolescents, venus discuter sur un banc "au frais".

"Avant, on ne les aurait jamais trouvés ici, ces deux-là", affirme Thierry Marteau, se félicitant de voir un nouveau public fréquenter le cimetière et pas seulement des personnes venues se recueillir.

"Ce qui est marrant, c'est le dimanche matin: on voit arriver des papas qui viennent se promener avec leurs enfants. Il y en a même un qui est venu avec sa couverture où il a installé son bébé".

Selon des relevés de la mairie effectués en 2023, la température à l'ombre des arbres, dans les zones végétalisées de la ville, était de sept à huit degrés inférieure à celle mesurée ailleurs.

Une efficacité confirmée par Martin Hendel : "On peut dire que les effets rafraîchissants diffusent au-delà du parc qui irrigue les rues environnantes plus ou moins loin selon l'aménagement des quartiers alentours et la taille du parc".

Plusieurs autres communes situées dans des îlots de chaleur urbain, notamment en Ile-de-France (Aubervilliers, Meudon ou Gennevilliers par exemple), ont eux aussi lancé la végétalisation de leur cimetière.

A Montreuil, elle se poursuit petit à petit. Dès qu'une concession arrive à échéance et n'est pas renouvelée par la famille, la stèle est retirée pour laisser place à des plantations.

Prochaine étape: l'installation de mares. "Mettre de l'eau à un endroit, ça apaise tout de suite, ça fait venir les oiseaux, c'est un bonheur partagé, tout le monde est gagnant", conclut Catherine Dehay.