Mobilisation contre le canal Seine-Nord Europe, une manifestation interdite par la préfecture

Les opposants du canal Seine-Nord Europe qui se mobilisent à partir de jeudi dans les Hauts-de-France pour exiger l'arrêt du projet pourtant bien entamé, prévoient une manifestation samedi, avec la présence annoncée de Jean-Luc Mélenchon, mais cette dernière est menacée par une décision préfectorale.

La manifestation a été annoncée samedi après-midi dans le secteur d'Oisy-le-Verger, où le chantier d'une écluse géante a démarré en juin à la frontière entre le Pas-de-Calais et le Nord. Mais, le parcours prévu par les organisateurs a été refusé par les préfectures des deux départements.

Elles évoquent "un risque très élevé de troubles graves à l'ordre public" et affirment vouloir "préserver les zones sensibles du chantier". Elles indiquent avoir soumis "plusieurs propositions de parcours alternatifs" aux organisateurs, qui les ont refusées.

Les préfectures ont donc pris jeudi un arrêté interdisant "toute manifestation et tout rassemblement" à "caractère revendicatif" dans le périmètre où les opposants prévoyaient de défiler.

Les organisateurs, qui espèrent réunir "plusieurs milliers de personnes", vont déposer un recours devant le tribunal administratif de Lille, estimant que les "contre-propositions" des préfectures sont "ridicules", a indiqué à l'AFP un porte-parole des Soulèvements de la terre.

Parmi les organisateurs, le collectif Méga Canal Non Merci, les Soulèvements de la Seine et de la Terre, Extinction Rebellion et la Confédération Paysanne.

La France Insoumise a annoncé que son chef de file et candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon serait présent samedi. Les Ecologistes du Nord et du Pas-de-Calais ont aussi appelé à manifester.

Un village militant "associatif et festif" est installé en parallèle de jeudi soir à dimanche à Villers-au-Tertre (Nord), avec tables rondes, ateliers et concerts.

Le projet du canal vise à créer d'ici 2032 une liaison fluviale à grand gabarit pour faciliter le transport de marchandises entre la région parisienne et les grands ports de la mer du Nord.

Ses opposants dénoncent la flambée des coûts, son important impact environnemental et mettent en doute la promesse d'un report massif du transport routier vers le fluvial.

Début avril, la Cour des comptes a alerté sur la "dérive importante" des coûts du canal Seine-Nord Europe, qui ont quasiment doublé par rapport aux prévisions initiales en atteignant 7,3 milliards d'euros à prix courants selon les dernières estimations.

"Il est largement temps de tout arrêter", affirme à l'AFP Claire Aubois, porte-parole des Soulèvements de la Seine, déplorant un "projet mortifère qui va accaparer l'eau du territoire", et "accroître les flux de marchandises", alors que "le canal du Nord est déjà là" pour le transport fluvial.

En octobre dernier, plus d'un millier de personnes avaient déjà manifesté dans l'Oise pour appeler à "stopper le chantier" du canal, immense infrastructure de 107 km de long sur 54 m de large.

La marche s'était déroulée dans le calme sous haute surveillance.

Le projet du canal, "ça fait 40 ans qu'il est concerté", il est aujourd'hui "autorisé" et entré "dans une phase concrète" mais "on reste naturellement à l'écoute de toutes les parties prenantes", a déclaré cette semaine à l'AFP Jean-Yves Dareaud, directeur de territoire Artois-Cambrésis à la Société du Canal Seine-Nord Europe (SCSNE).

"C'est quand même un projet de décarbonation des transports", et ses mesures de compensation environnementale seront "suivies dans le temps", a-t-il souligné.