Malgré les vagues de chaleur, les bouilloires thermiques trouvent toujours acheteurs

Fenêtres exposées côté sud, sans volet, sous les toits parisiens: la chaleur en période de canicule est "insoutenable" dans les bouilloires thermiques, mais pourtant sur le marché immobilier ces logements conservent une image très favorable et ne souffrent pas d'un prix abaissé.

Dès 10H, il fait déjà 28 degrés chez Juliette, 30 ans, directrice d'hôtel, et cette semaine la température est montée "largement au-dessus de 35 degrés, il fait plus chaud que dehors".

Dans le salon de son appartement du 11e arrondissement parisien, le soleil pénètre par les deux fenêtres sans volet et chauffe pleinement le sol de 11H00 à 15H30. Au dernier étage, le logement subit aussi la chaleur transmise par le toit en zinc, typique de Paris, les murs mal isolés et le pallier surmonté d'une verrière.

Et pour contrebalancer cette fournaise, aucun arbre dans la rue, ni système de ventilation performant. Le logement étant non-traversant, la seule solution pour créer un courant d'air est de toquer chez le voisin d'en face pour ouvrir portes palières et fenêtres des deux appartements.

"Je ne dors pas là en ce moment. Je viens le matin nourrir le chat et je passe la journée au parc", explique la locataire, pourtant "trop contente de cet appartement" même si "2 à 3 semaines par an c'est insoutenable".

- "Pas un sujet" -

Le propriétaire de cet appartement envisage de le vendre, alors son agent immobilier a lancé les diagnostics pour estimer sa valeur. "Le DPE risque de ne pas être bon", mais les caractéristiques liées au confort d'été, comme la présence de volet, "ne sont pas encore un critère ni un point handicapant" pour vendre un logement, assure Philippe Thomas, gérant de l'agence FredéLion Oberkampf.

"Les individus vont privilégier le soleil à Paris parce que 80% du temps ce n'est pas insupportable. J'ai beaucoup plus de mal à vendre un logement exposé plein nord que plein sud", poursuit-il.

Et même dans le sud de la France, où le thermomètre est monté à 38°C cette semaine, "une exposition sud reste très valorisée", tout comme les derniers étages, tandis que l'absence de volet "n'a jamais été un sujet", rapporte Romain Odano, directeur général du réseau immobilier Nestenn.

"La maison de mes grands parents dans le sud-est était construite avec des grandes avancées et des petits carreaux. Aujourd'hui la clarté a pris le pas sur ce bon sens paysan", déplore-t-il.

"On manque de prise de conscience, on a des pratiques dans nos logements ancrés sur des climats tempérés", souligne Cédric Lentillon, directeur adjoint du département Bâtiment durable au Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques).

Il rappelle que la possibilité de ventiler la nuit, donc d'ouvrir les fenêtres de façon sécurisée et sans trop de bruit pour évacuer la chaleur, ainsi que la localisation au sein d'un îlot de chaleur sont aussi à prendre en compte dans les caractéristiques d'une bouilloire thermique.

- "Il y a un risque" -

"Il faudra peut-être plusieurs étés supplémentaires pour avoir une réaction" du public, estime Cédric Lentillon.

Dans l'ouest parisien, Thomas Bertin, gérant d'agences Laforêt, observe des prémices depuis deux ans avec "des personnes qui commencent à tilter en voyant +logement sous les combles+".

En revanche, "il n'y a pas du tout de prise de conscience, ni de baisse des prix" du côté des vendeurs de logements inadaptés aux canicules, ajoute-t-il.

Pour Yann Jéhanno, président du réseau Laforêt France, "il y a un risque qu'à moyen terme, ces logements soient moins compétitifs", voire qu'ils perdent de la valeur, mais "on en est encore loin".

A l'inverse les "passoires énergétiques", difficiles à chauffer en hiver, sont bien identifiées via leur étiquette F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE) et ont vu leurs prix chuter depuis l'obligation progressive de les rénover pour les louer.

Les appartements classés G se vendent en moyenne 12% moins chers que ceux classés D (note de performance énergétique moyenne) et les maisons 25% moins cher, selon le Conseil supérieur du notariat.

Cédric Lentillon est "assez persuadé" que le confort d'été "va rentrer dans la valeur immobilière, mais aujourd'hui il est encore peu documenté".

La seule chose qui émerge, selon Pierre Dailliez, notaire à Paris, ce sont les questions autour de la présence ou de l'installation d'une climatisation.