Sous la chaleur écrasante de la fin du mois de juin, cinq ouvriers s'affairent à l'aplomb du mur fissuré de la maison de Sandra et Romain Guisset, non loin de Tours, pour stabiliser la maçonnerie mise à l'épreuve par la sécheresse.
Méthodiquement, ils percent plusieurs trous d'un à deux mètres de profondeur sous les fondations du pavillon et y injectent, à très haute pression, quelque 500 kg de résine expansive qui comble les petits interstices du terrain.
Ce dérivé chimique du pétrole, inerte et très solide une fois en place, va rigidifier le sol sur lequel s'appuie la maison au crépi beige et au toit d'ardoises, que le couple a fait construire en 2008.
"La première fissure est apparue en 2022, c'est celle-ci", montre Sandra Guisset, qui ravitaille les ouvriers en eau fraîche. La ligne, assez nette, s'étire à l'horizontale sur près de 4 mètres.
"L'été, elle s'agrandit" à cause de la sécheresse, ajoute la quadragénaire, au départ très inquiète lorsqu'elle a constaté le phénomène.
Le pavillon de Joué-lès-Tours, en Indre-et-Loire, fait partie des nombreuses maisons françaises victimes du retrait-gonflement des argiles, aussi connu sous son acronyme, RGA.
Il est construit sur un terrain argileux, qui s'étire en se gorgeant d'eau lors d'épisodes pluvieux (phase de gonflement) et se rétracte par temps de sécheresse (phase de retrait).
Le mur de la façade arrière, tiraillé par ces mouvements du sol, a fini par céder et laisser apparaître des fissures caractéristiques, horizontales et en escalier, suivant les jointures des parpaings.
Ce fléau "s'aggrave" avec le dérèglement climatique, constate Vincent Cottet, expert en assurance, spécialiste des dégâts causés par la sécheresse et auteur des rapports d'expertise de la maison de Joué-Lès-Tours.
Plus de 60% des maisons individuelles, soit 12,1 millions de maisons, sont situées dans une zone d'exposition moyenne ou forte au RGA en France, selon le site public Georisques.
Ce sinistre climatique est, fort heureusement pour les nombreux propriétaires concernés, couvert par le régime des catastrophes naturelles, au même titre que les inondations ou les tremblements de terre.
Pour autant, le RGA n'est pas en cause pour toutes les maisons fissurées, rappelle M. Cottet. Pour bénéficier de la couverture spécifique aux catastrophes naturelles, la commune sinistrée doit aussi être reconnue comme telle, souvent un an après l'épisode de sécheresse en cause.
- Phase de test -
Le pavillon des Guisset, ainsi que quelque 300 autres maisons en France, a été choisi pour une expérimentation de cinq ans lancée en 2023 destinée à tester les différentes réponses au RGA.
Baptisé "initiative sécheresse", ce projet est notamment mené par la fédération professionnelle des compagnies d'assurance, France Assureurs, et la Caisse centrale de réassurance (CCR), le réassureur public.
Plusieurs types de solutions, préventives et curatives, existantes et nouvelles, sont étudiées à travers tout le pays: l'injection de résine expansive, comme à Joué-lès-Tours, l'installation de pieux en béton sous la maison, plus coûteuse, ou encore des actions de confinement du terrain autour de la maison pour éviter que l'eau ne s'y infiltre.
Les données de cette expérience permettront de déterminer les solutions les plus adaptées et à même d'être déployées demain à grande échelle, explique à l'AFP Emmanuel Coulon, référent national du cabinet d'expertise Stelliant, aussi présent sur place en banlieue tourangelle.
"La sécheresse d'aujourd'hui, ce sont nos dossiers de l'année prochaine", fait-il remarquer, cherchant l'ombre d'un cerisier du jardin.
A Joué-lès-Tours, la séance d'injection de résine polyuréthane n'a duré qu'une journée. Cette méthode, très localisée, coûte environ 20.000 euros.
La maison, branchée sur un "fissuromètre" - un appareil qui mesure en temps réel l'écartement des fissures - et équipée d'un capteur d'hydratation du sol, enterré dans le jardin, reste toutefois sous surveillance.
Les époux Guisset et leurs deux enfants devront attendre un an, peut-être plus, pour que l'expert s'assure que la solution choisie convient. Les ouvriers reviendront ensuite pour "agrafer" le mur, de part et d'autre des fissures, avant d'y passer une peinture aux propriétés élastiques.
"C'est très long", soupire Mme Guisset. Mais "peu importe les travaux, l'important pour nous c'est que tout soit refait", conclut son mari.