La production de maïs en France s'annonce au plus bas niveau depuis 26 ans, sous l'effet du recul des surfaces cultivées et de rendements réduits après deux canicules, a indiqué mardi l'association du secteur, qui appelle à encadrer strictement toute entrée éventuelle dans l'UE du concurrent ukrainien.
Sous l'effet associé des coups de chaleur et du manque d'humidité au moment où arrive la floraison, les rendements devraient reculer de 15% à 20% "minimum" sur un an, estime l'Association générale des producteurs de maïs (AGPM). Les plants dans l'Ouest sont aussi touchés par des attaques du géomyze, une mouche ravageuse du maïs.
Les surfaces cultivées de maïs grain (destiné à l'alimentation) ont aussi continué à reculer cette année, de près de 20%, au profit du tournesol ou de jachères, décrit Franck Laborde, le président de l'AGPM.
Il cite parmi les explications les rendements "décevants en 2025" la baisse des cours, l'augmentation des charges (avec un surcoût récent de la guerre au Moyen-Orient estimé à 100 euros par hectare).
Résultat, la production est attendue en 2026 en repli de 30%, à 9,5 millions de tonnes, la plus faible depuis 26 ans, selon M. Laborde.
Dans ce contexte, le secteur a présenté mardi ses projections d'impact en cas d'entrée de l'Ukraine dans l'Union européenne, et appelé l'UE à "exiger une réciprocité des normes dès lors que l'Ukraine rejoindrait le marché européen".
"Une intégration plus ou moins incontrôlée" représenterait "le coup de grâce pour les producteurs français", a averti M. Laborde.
L'Ukraine a produit 31 millions de tonnes de maïs en 2023, qu'elle exporte à 80% dont 44% vers l'UE, via notamment une douzaine de holdings, avec des coûts de production deux fois inférieurs à ceux de l'Union et des normes différentes (sociales, fiscales, pesticides...), souligne l'AGPM.
Selon un rapport commandé par l'association au cabinet Orae Géopolitique, la production du pays pourrait passer à 40 millions de tonnes en 2030. Depuis 25 ans, sa surface de maïs a triplé et sa production été multipliée par six, quand l'UE perdait 20% de ses surfaces et devenait importatrice.
L'AGPM a appelé l'Union à "se redonner des ambitions" agricoles et à relancer son mécanisme de droits de douane.
L'UE a annoncé le 12 juin reprendre formellement les négociations sur l'adhésion de l'Ukraine, après la levée du veto hongrois, un processus qui devrait prendre plusieurs années.