Logements isolés pour l'hiver, mais étouffants l'été: les limites du DPE

Avec des températures qui peuvent atteindre 40°C, des habitants se sont plaints de la chaleur excessive dans leur logement pourtant bien noté au diagnostic de performance énergétique. La faute au manque de volets, dans la plupart des cas.

"Notre appartement est très bien isolé, en hiver on n'allume quasiment pas le chauffage", mais lors de la vague de chaleur de fin juin la température est montée jusqu'à 36°C chez Louis Legrand, habitant du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne).

Son immeuble a pourtant été entièrement rénové par un promoteur il y a quelques années et bénéficie d'une étiquette B au diagnostic de performance énergétique (DPE), dont les notes vont de A, pour les bâtiments les plus performants, à G, pour les plus énergivores.

En achetant un logement bien classé, Louis "ne s'attendait pas du tout à ces températures en été". Et il n'est pas le seul.

D'après une étude de la société de conseil Pouget Consultants et de l'Alliance des industriels des solutions électriques et numériques du bâtiment (Ignes), un tiers des logements classés A ou B au DPE ne sont pas suffisamment adaptés aux canicules, et donc considérés comme des bouilloires thermiques.

S'il y a bien une mesure du confort d'été dans le DPE, cet indicateur, représenté par un "smiley", est séparé de la note affichée, qui elle est centrée sur la consommation d'énergie et les émissions de gaz à effet de serre.

Le smiley de confort d'été regarde cinq paramètres, dont la présence de protections solaires aux fenêtres, l'existence de brasseurs d'air ou le caractère traversant du logement, qui n'ont pas d'impact sur la note DPE.

"Si les parois vitrées orientées au sud, à l'est et à l'ouest n'ont pas de protection solaire", ce qui est le cas chez Louis Legrand qui ne dispose d'aucun volet, "le logement est classé directement comme insuffisant" d'un point de vue du confort d'été, explique Tom Sarrebourse, ingénieur chez Pouget Consultants. Idem si le logement est au dernier étage sous un toit non isolé.

"Les autres critères - logement traversant, brasseurs d'air, inertie du bâtiment - déterminent si l'indicateur ressort moyen ou bon", poursuit-il.

Une méthodologie qui a le mérite d'être simple et est justifiée selon Christophe Rodriguez, directeur de l'Institut français pour la performance du bâtiment (Ifpeb), par le fait que "70% de la chaleur rentre par le rayonnement du soleil sur les fenêtres" et que "les habitants sous les toits avaient souffert pendant la canicule en 2003".

L'indicateur est cependant moins visible que la lettre de DPE. La Fondation pour le logement milite d'ailleurs pour rendre son affichage obligatoire sur chaque annonce immobilière.

- "Effet thermos" -

Plus largement, l'isolation des bâtiments, prônée pour lutter contre les passoires thermiques, a été mise en cause dans l'"effet thermos" décrit par des habitants suffoquant chez eux.

Les "réglementations thermiques ont un ADN hiver et cherchent à garder la chaleur du chauffage en sur-isolant", relève Christophe Rodriguez.

"Mais si vous avez le malheur d'oublier les occultations solaires ou que vous n'avez pas la possibilité de bien ventiler le logement, la chaleur rentre et cela devient très compliqué de la faire sortir", poursuit-il.

Quant aux matériaux, certains isolants ont une meilleure résistance thermique, comme la laine de bois qui va retenir la chaleur deux fois plus longtemps que la laine de verre ou le polystyrène.

Autre risque décrit par Tom Sarrebourse: "en isolant par l'intérieur, on coupe l'inertie des parois", c'est-à-dire la capacité des murs, planchers ou plafonds à faire tampon et à limiter les pics de températures à l'intérieur.

Cette inertie vient de "la masse du mur", comme dans "les cathédrales où les murs sont tellement épais" que la température intérieure reste fraîche pendant des jours, explique Jean-Philippe Ndobo-Epoy, de l'association de professionnels de l'isolation Mur manteau.

Cela explique aussi pourquoi de vieilles maisons aux murs épais en pierre, parfois mal notées au DPE, restent agréables à vivre en pleine canicule.

Isoler permet néanmoins d'améliorer le confort d'été en limitant les apports de chaleur via les murs et le toit, assurent les trois experts.

"Quand vous rénovez une passoire, vous êtes à un volet et un brasseur d'air de ne plus en faire une bouilloire non plus", souligne Christophe Rodriguez.