L'été caniculaire a fait prendre conscience à beaucoup de Français le besoin urgent de mener des travaux de confort d'été chez eux, mais dans les copropriétés, les rénovations prennent plusieurs années et celles qui ont raté le coche de l'adaptation risquent d'attendre encore.
Face aux trois vagues de chaleur de cet été, dont la dernière dure depuis 17 jours, la pose de volets, l'isolation des toits, l'installation de climatisation ou la végétalisation des cours sont apparus comme une urgence, surtout pour les habitants de bouilloires thermiques, qui représentent la moitié des logements selon une étude.
Pour le moment, Olivier Princivalle, président de la FNAIM Grand Paris, ne reçoit "pas plus de demandes pour des installations de climatisation, ni volets ou stores", via les syndics de copropriété que son entreprise gère, car les canicules sont survenues après les assemblées générales.
Pas encore intégrés dans toutes les réflexions, les travaux de confort d'été étaient même quasiment inexistants il y a encore deux ans parmi les dossiers de Synergiec, qui aide les copropriétés à financer leur rénovation. Ils sont intégrés dans 10% des projets désormais.
"La prise de conscience date de 2025 ou 2024. Ce sera plutôt dans six mois qu'on verra des dossiers arriver", avec une plus grande réflexion sur le confort d'été, estime Sylvain Lefevre, président de Synergiec, convaincu que le sujet "va prendre de l'ampleur".
Sauf qu'entre les diagnostics techniques, les réflexions autour du projet, les démarches administratives auprès de la mairie, les votes en assemblée générale pour les différentes étapes et la réalisation des travaux, rénover une copropriété prend minimum trois ans. Obtenir une simple autorisation pour des volets sera plus rapide.
Si ce sujet de la chaleur n'a pas été intégré dans le projet dès le début, cela peut donc reporter les travaux de plusieurs années.
- "Pas tout en même temps" -
C'est le cas dans une copropriété de 430 logements à Saint-Cyr-l'Ecole (Yvelines). Les travaux des 18 bâtiments sont quasiment terminés et ont permis d'isoler les façades et les planchers, de remplacer les fenêtres et d'installer une ventilation.
Si les habitants voient une légère différence avec l'isolation et les volets ajoutés aux quelques fenêtres qui n'en disposaient pas, beaucoup ont souffert de la chaleur. "Il y a une grosse population de personnes âgées, beaucoup parlent de climatisation" depuis la canicule exceptionnelle de fin juin et ses pics à plus de 40°C, raconte Christophe Pascal, membre du conseil syndical de la copropriété.
Mais la climatisation, tout comme les espaces verts de la résidence, ne seront étudiés que dans les prochaines années. "On a déjà dépensé 10 millions d'euros pour la rénovation thermique, on ne peut pas tout faire en même temps", explique M. Pascal, dont la copropriété a reçu des subventions MaPrimeRénov'.
"Il y a quand même une prise de conscience qui remonte à avant la canicule", observe de son côté Frédéric Delhommeau, directeur habitat et énergie de l'Agence parisienne du climat, qui conseille les copropriétés dans leurs projets de rénovation énergétique.
"La crise a permis de vérifier qu'on a pensé à tout et donne des arguments pour faire accepter les travaux", ajoute-t-il.
A Bordeaux, la résidence-services Jardin d'Arcadie est en train de se moderniser aussi et l'architecte du projet, Jean-Philippe Gras, a prévu, entre autres, un débord de toit et de nouveaux stores extérieurs pour limiter la surchauffe de pièces communes vitrées, qui ont également été climatisées pour servir de lieu refuge. Le jardin central va être revégétalisé pour en faire un îlot de fraîcheur.
Cependant, "le débat sur la climatisation dans chaque logement n'a peut-être pas assez eu lieu" et aurait pu mener à une "démarche collective", comme cela a été le cas pour les stores et volets individuels qui font l'objet d'un cahier des charges, relève Philippe Beguerie, membre du conseil syndical.
"On a commencé la réflexion sur cette rénovation il y a quatre ans. Aujourd'hui, on retravaillerait le confort d'été avec un cran d'exigence supplémentaire", ajoute-t-il.
Jean-Philippe Gras rappelle de son côté que "la pression réglementaire sur les travaux du bâtiment est tellement orientée vers le confort d'hiver que cela crée un manque de réflexion sur l'été".