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Libre-échange: la France veut monter au créneau pour protéger ses standards agricoles

Face à la crainte des agriculteurs de voir reculer la souveraineté alimentaire française, l'exécutif compte agir pour permettre l'instauration de "clauses miroirs" dans les accords commerciaux de libre-échange, afin que les normes des produits agricoles importés soient conformes aux standards européens.

Légumes, fruits ou poulets tricolores ne cessent de perdre du terrain face à la concurrence des produits étrangers moins chers: "la souveraineté alimentaire de la France est en danger", ont alerté mardi les organisations agricoles majoritaires, appelant à "un sursaut" les décideurs politiques, au premier rang desquels le président Emmanuel Macron.

"Depuis des années la production décroît en France", a déploré auprès de l'AFP la présidente de la FNSEA Christiane Lambert, en marge d'un "Grand rendez-vous de la souveraineté alimentaire" organisé mardi en visioconférence par le Conseil de l'Agriculture française (CAF).

"Nous défendons ce que l'on appelle la clause miroir, c'est-à-dire de pouvoir refléter nos contraintes avec les gens avec qui on commerce", a déclaré le président de la République Emmanuel Macron, dans une vidéo diffusée lors de cet événement, en réponse à des questions d'agriculteurs.

"Notre intérêt, c'est l'ouverture parce que nous produisons pour nous nourrir, nourrir nos voisins, notre proximité, mais aussi pour exporter. Simplement, non à la concurrence déloyale. Et là, il faut être très ferme", a ajouté le chef de l'Etat.

En ouverture de ce rendez-vous, le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie avait indiqué que la France pourrait profiter de sa présidence de l'Union européenne, au premier semestre 2022, pour avancer sur ce dossier.

"On est en train d'y travailler pour essayer de trouver le chemin juridique qui va nous permettre de gagner cette bataille qui nous permettra d'introduire les clauses miroirs", a indiqué l'eurodéputé Pascal Canfin (Renew, libéraux), président de la commission Environnement, lors de ce colloque.

De ce grand Rendez-vous, les organisateurs attendaient d'abord une "prise de conscience" des enjeux par les politiques.

Ils insistent sur la nécessité que les agriculteurs bénéficient de prix qui couvrent leur coûts. Ils demandent que les accords commerciaux avec les autres régions du monde "soient cohérents afin que l'on n'importe pas ce dont on ne veut pas" en production en France, selon Christiane Lambert.

- Fragilisée au sein de l'Europe -

"La France impose des règles sociales -coût du travail et des charges sociales-, sanitaires, avec des normes toujours plus élevées, des interdictions pour des produits phytosanitaires, qui n'existent pas ailleurs. Du coup on ne cultive plus chez nous et on importe des aliments traités avec le même produit", déclare Christiane Lambert, dans un début d'explication à ce déficit de compétitivité.

Les causes de ce "déclin" sont toutefois multiples, souligne Christiane Lambert, qui a exprimé le souhait de "relocaliser les productions" agricoles, au même titre que l'industrie.

Car si la France reste le premier producteur agricole européen en chiffre d'affaires, sa position est fragilisée au sein même de l'Union européenne, s'étant faite "doubler par l'Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark" pour les exportations, remarque la patronne de la FNSEA.

"Nous avons perdu 14% de la sole (terre labourable) de culture de légumes en France alors que l'Allemagne a augmenté la sienne de 40% et les Pays-Bas de 25%, sur les vingt dernières années", relève Christiane Lambert.

"Ce qui est important, quand on se bat par exemple sur l'environnement, c'est de le faire au niveau européen pour ne pas pénaliser la ferme France face aux Espagnols, aux Italiens ou à d'autres", a déclaré M. Macron. Lui-même avait souhaité aller plus vite que l'Europe dans l'interdiction du glyphosate, avant de moduler sa position en disant qu'il ne fallait pas laisser les agriculteurs sans alternative.

S'il est de bon ton, depuis la survenue du Covid-19, de dire que la chaîne alimentaire française a tenu, la crise sanitaire a mis en lumière un déclin du secteur agroalimentaire du pays et avec lui de l'autonomie alimentaire nationale.

Déléguer notre alimentation serait "une folie", avait estimé le président Emmanuel Macron dès le 12 mars 2020, au début de la crise en France.

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