L'expérimentation lancée en 2016 de "territoires zéro chômeur longue durée" (TZCLD), en voie de pérennisation, court le risque de devenir un "dispositif d'insertion professionnelle" comme les autres, loin de son objectif originel, ont estimé mercredi des chercheurs en économie du CNRS.
Dispositif initié par des associations, les TZCLD visent à ramener vers l'emploi des personnes qui en sont très éloignées, avec des postes en CDI à temps de travail choisi dans des "entreprises à but d'emploi" (EBE) créées spécifiquement.
Les "grandes promesses d'origine ont été un peu égratignées au fur et à mesure de l'expérimentation" à cause de "formes de normalisation" et de "la précipitation à vouloir montrer que cela marchait", a expliqué Florence Jany-Catrice, professeure en économie à l'université de Rouen Normandie, lors d'une conférence de presse.
Après dix ans d'expérimentation, "on a un glissement de l'ambition émancipatrice vers une notion de dispositif d'insertion", a analysé Sylvain Vatan, maître de conférences en économie à l'université de Lille.
Une proposition de loi, discutée mercredi devant la commission des Affaires sociales du Sénat avant son examen final le 9 juin, prévoit à la fois de pérenniser et d'étendre ce dispositif, avec des liens plus étroits avec les structures d'insertion par l'activité économique, notamment pour réduire les coûts.
Le dispositif TZCLD concerne aujourd'hui 85 territoires et plus de 4.300 salariés sur des activités comme du maraîchage, des ressourceries ou des ateliers de réparation, des épiceries solidaires.
"Par rapport à l'insertion économique, les territoires zéro chômeur touchent des profils plus variés: beaucoup plus de femmes, des personnes plus qualifiées, plus âgées et plus souvent des salariés en situation de handicap", a souligné M. Vatan.
Le chercheur a souligné les "effets bénéfiques" en termes d'estime de soi, de santé et de lien social de ces emplois aux "vertus intégratrices".
Mais les "difficultés d'organisation du travail" ou les "contraintes liées au financement" ont tendance à pousser les EBE vers une recherche de rentabilité, avec par exemple des activités de sous-traitance pour des entreprises.
"D'une certaine manière, c'est aux salariés de s'adapter à l'entreprise et moins l'entreprise qui doit s'adapter aux salariés, ce qui est pourtant la philosophie originale du sujet", a considéré Mme Jany-Catrice, qui relève également une "accumulation d'exigences" sur le dispositif.