L'exécutif insiste sur le volet sécuritaire et cherche toujours une issue à la crise

Après un weekend de violences et une nuit de "calme", l'exécutif, qui a jusqu'à présent placé sa réponse essentiellement sur le volet sécuritaire, tente toujours de reprendre la main, soumis mardi aux questions du Parlement avant de recevoir les syndicats mercredi et les partis jeudi.

"Le retour à l'ordre est le préalable de tout", a campé Sébastien Lecornu lors d'une séance houleuse à l'Assemblée nationale, entièrement consacrée aux évènements du weekend. "Il faut une bonne fois pour toutes choisir son camp entre la violence et la République", a insisté le Premier ministre comme il l'avait déjà dit samedi soir.

Le dispositif policier pour la nouvelle journée de manifestations samedi, à l'appel de gilets jaunes, "sera massif", a-t-il déclaré, reconnaissant à nouveau des failles dans l'anticipation et un dispositif "trop statique et pas assez mobile" samedi dernier. Mardi matin, les groupes de l'Assemblée ont avalisé la création d'une commission parlementaire sur ces défaillances.

En tournée dans le Golfe, où il s'est envolé après son allocution télévisée dimanche soir, le président de la République, Emmanuel Macron, a laissé son Premier ministre en première ligne. Ce dernier a annoncé de premières mesures, visant essentiellement le maintien de l'ordre : des couvre-feux "localisés" et des aides aux commerçants touchés par les dégradations.

Matignon a fait savoir qu'il se rendrait vendredi à Limoges, où la mairie a été détruite par un incendie.

Auparavant, le Premier ministre va recevoir les syndicats mercredi, puis les partis politiques jeudi.

M. Lecornu a évoqué comme ordre du jour les "conditions de sécurité" des prochaines manifestations.

La secrétaire générale de la CFDT a néanmoins prévenu mardi : cette rencontre à Matignon ne doit pas seulement être l'occasion de donner aux syndicats "une leçon de responsabilité" sur la bonne tenue des journées d'action, mais aussi d'évoquer le "fond" des revendications.

"Il y a une colère, il y a une envie d'être considéré, il y a une envie d'être écouté, respecté. Là, on paie cash 10 ans de verticalité. Il faut pouvoir avoir les vraies réponses sociales", a insisté Marylise Léon sur France Inter.

- "Réponses" aux manifestants -

Même tonalité chez les partis politiques.

M. Macron a dit attendre de leur part "des positions claires et publiques" sur la condamnation de la violence. Le Premier ministre a précisé vouloir aborder avec eux la doctrine du maintien de l'ordre et la sécurité de l'élection présidentielle, menacée selon lui par des "groupuscules" d'ultragauche.

Quid des revendications ? "On a eu des centaines de milliers de nos compatriotes qui ont manifesté pacifiquement ce weekend dans toute la France et donc il faut leur apporter des réponses", a déclaré sur France Inter la présidente (Renaissance) de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet. Cela ne peut pas être "éclipsé" par la polémique autour du maintien de l'ordre, a-t-elle mis en garde.

La France insoumise réserve encore sa participation. "Si c'est pour signer un document pour condamner des violences, non, certainement pas. Si c'est pour discuter par exemple des revendications de la jeunesse, de la manière dont on y répond...", a dit sur LCI la présidente des députés Insoumis, Mathilde Panot.

"On se rendra à cette convocation pour porter l'ensemble des propositions et sorties de crise politique qui nous semblent urgentes à mettre en oeuvre", pas pour un "examen moral", a abondé la porte-parole des députés écologistes, Léa Balage El Mariky.

"Il n'y aura pas de sortie de crise sans réponse politique à la crise", a lancé le président des députés socialistes Boris Vallaud, enjoignant le gouvernement à répondre aux revendications des lycéens et des partenaires sociaux.

Un exécutif campé sur la réponse sécuritaire ? Les mesures sociales, "ça ne passe pas le mur du son car les gens ont peur. Il faut faire en deux temps", assure une ministre.

Pendant ce temps, M. Macron poursuit sa tournée dans le Golfe. Mais son allocution de dimanche a été jugée sévèrement, y compris par des membres de son camp. "Une allocution solennelle pour dire que les préfets peuvent éventuellement ordonner des couvre-feux, franchement ce n'est pas au niveau présidentiel", glisse un député Horizons.

Dans le quotidien Libération, l'ancien député Jean-Baptiste Moreau, soutien sans faille du chef de l'Etat, dit lui avoir suggéré, sans succès, d'annoncer dimanche soir sa démission et une élection présidentielle anticipée. Comme Édouard Philippe en octobre 2025, au moment de la chute express du premier gouvernement Lecornu.