Après un weekend de violences et une nuit de "calme", l'exécutif, qui a jusqu'à présent placé sa réponse essentiellement sur le volet sécuritaire, tente toujours de reprendre la main. A quelques jours d'une nouvelle journée de mobilisation, il affronte le Parlement mardi, puis reçoit les syndicats et les partis politiques.
Mardi après-midi, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, se rend à l'Assemblée nationale pour une séance de questions au gouvernement qui promet d'être houleuse. Malgré une nuit de "calme", l'exécutif va devoir se justifier des failles dans l'anticipation et dans le dispositif de maintien de l'ordre, après avoir reconnu avoir "perdu le contrôle" dans certaines villes samedi. Mardi matin, les groupes de l'Assemblée nationale ont avalisé la création d'une commission parlementaire.
En tournée dans le Golfe, où il s'est envolé après son allocution télévisée dimanche soir, le président de la République, Emmanuel Macron, laisse plus que jamais son Premier ministre en première ligne. M. Lecornu a annoncé de premières mesures lundi, visant essentiellement le maintien de l'ordre: des couvre-feux "localisés" et des aides aux commerçants touchés par les dégradations.
Matignon a par ailleurs fait savoir qu'il se rendrait vendredi à Limoges, où la mairie a été détruite par un incendie.
Auparavant, le Premier ministre va, comme M. Macron l'avait annoncé dimanche, recevoir les syndicats mercredi, puis les partis politiques jeudi.
M. Lecornu a évoqué comme ordre du jour les "conditions de sécurité" des prochaines manifestations.
La mobilisation ne semble en effet pas s'essouffler. Des gilets jaunes ont appelé à manifester à nouveau dans toute la France les samedis 24 et 31 octobre puis à se joindre à la mobilisation du 5 novembre programmée par les syndicats, qui appellent les salariés du privé comme du public à descendre dans la rue.
Mais cette rencontre à Matignon ne doit pas seulement être l'occasion de donner aux syndicats "une leçon de responsabilité" sur la bonne tenue des journées d'action, mais aussi d'évoquer le "fond" des revendications, a prévenu mardi la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon.
"Il y a une colère, il y a une envie d'être considéré, il y a une envie d'être écouté, respecté. Là, on paie cash 10 ans de verticalité. Il faut pouvoir avoir les vraies réponses sociales", a-t-elle insisté sur France Inter.
-"Apporter des réponses" aux manifestants-
Même tonalité chez les partis politiques, attendus jeudi à Matignon. M. Macron a dit attendre de leur part "des positions claires et publiques" sur la condamnation de la violence. Le Premier ministre a précisé vouloir aborder avec eux la doctrine du maintien de l'ordre et la sécurité de l'élection présidentielle, menacée selon lui par des "groupuscules" d'ultragauche.
Mais quid des revendications ? "On a eu des centaines de milliers de nos compatriotes qui ont manifesté pacifiquement ce week-end dans toute la France et donc il faut leur apporter des réponses", a déclaré sur France Inter la présidente (Renaissance) de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet. Cela ne peut pas être "éclipsé" par la polémique autour du maintien de l'ordre, a-t-elle mis en garde.
La France insoumise réserve encore sa participation. "Si c'est pour signer un document pour condamner des violences, non, certainement pas. Si c'est pour discuter par exemple des revendications de la jeunesse, de la manière dont on y répond...", a dit sur LCI la présidente des députés Insoumis, Mathilde Panot.
"On se rendra à cette convocation pour porter l'ensemble des propositions et sorties de crise politique qui nous semble urgentes à mettre en oeuvre", pas pour un "examen moral", a abondé la porte-parole des députés écologistes, Léa Balage El-Mariky.
Un exécutif campé sur la réponse sécuritaire ? Les mesures sociales, "ça ne passe pas le mur du son car les gens ont peur. Il faut faire en deux temps", assure une ministre.
Pendant ce temps, M. Macron poursuit sa tournée dans le Golfe. Mais son allocution de dimanche a été jugée sévèrement, y compris par des membres de son camp. "Une allocution solennelle pour dire que les préfets peuvent éventuellement ordonner des couvre-feux, franchement ce n'est pas au niveau présidentiel", glisse un député Horizons.
Dans le quotidien Libération, l'ancien député Jean-Baptiste Moreau, soutien sans faille du chef de l'Etat, dit lui avoir suggéré, sans succès, d'annoncer dimanche soir sa démission et une élection présidentielle anticipée. Comme Édouard Philippe en octobre 2025, au moment de la chute express du premier gouvernement Lecornu.