Les réseaux sociaux nuisent gravement à la santé des ados, alerte l'Anses

L'usage des réseaux sociaux nuit à la santé mentale des adolescents, en particulier celle des filles, estime l'agence française de sécurité sanitaire, au moment où plusieurs textes visant à les interdire pour les moins de 15 ans sont en préparation.

S'ils ne sont pas la cause unique de la dégradation de la santé mentale des ados, les effets négatifs des réseaux sociaux, récemment proscrits aux moins de 16 ans en Australie, sont "nombreux" et "documentés", affirme mardi l'Anses dans un avis, fruit de cinq ans de travaux d'un comité d'experts pluridisciplinaire.

L'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans fait actuellement l'objet de plusieurs textes de loi: l'un initié par le président Emmanuel Macron, un autre par le groupe Renaissance de Gabriel Attal, d'autres encore au Sénat.

L'Anses préconise d'"agir à la source" pour que les mineurs n'accèdent qu'à des "réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger leur santé".

Cela implique que les plateformes modifient algorithmes de personnalisation de contenu, techniques d'interfaces persuasives et paramétrages par défaut, souligne l'agence.

Parmi les plateformes interrogées mardi par l'AFP, Snapchat et X n'ont pas réagi, Meta n'a pas souhaité s'exprimer.

TikTok a listé les mesures mises en place pour "protéger" les jeunes, notamment via des fonctionnalités de contrôle parental et des messages incitant les moins de 16 ans à la déconnexion.

L'étude de l'Anses "donne des arguments scientifiques au débat sur les réseaux sociaux des dernières années: elle est basée sur 1.000 études", a affirmé à la presse Olivia Roth-Delgado, coordinatrice de l'expertise.

L'ambition est de créer un cadre de gouvernance "à la hauteur des enjeux", pour Olivier Merckel, chef de l'unité Evaluation des risques liés aux agents physiques de l'Anses, soulignant qu'instaurer "des actions de contrôle robustes" pour protéger la santé des mineurs "incombe aux plateformes".

Celles-ci doivent déployer "des systèmes fiables de vérification de l'âge et de recueil du consentement parental" afin de respecter la réglementation européenne sur les services numériques (DSA) et le règlement général sur la protection des données (RGPD). Ce dernier prévoit une inscription possible à partir de 13 ans, avec une validation parentale entre 13 et 15 ans.

- "Idéaux normatifs" -

Pour l'Anses, les "systèmes de captation de l'attention" des plateformes "exploitent des vulnérabilités propres" aux adolescents (tendance à prendre des risques, à la comparaison sociale...) alors qu'ils n'ont pas les "capacités de régulation émotionnelle et comportementale" des adultes.

Les réseaux consultés sur smartphone, sur lequel la moitié des 12-17 ans passent deux à cinq heures par jour, sont une "caisse de résonance inédite" qui renforce les stéréotypes, met en avant des comportements à risques et favorise le cyberharcèlement.

Ceci découle d'un modèle économique "maximisant le temps d'utilisation" à des fins lucratives et de "stratégies de captation de l'attention" incitant les adolescents à rester connectés au détriment de leur sommeil. Cela induit somnolence, irritabilité, tristesse et "favorise des symptômes dépressifs", rappelle l'Anses.

En outre, les contenus véhiculent des "idéaux normatifs" inatteignables, intériorisés par les filles, via des images retouchées, pouvant "engendrer une dévalorisation de soi", "terrain fertile" pour les symptômes dépressifs et les troubles alimentaires.

Les algorithmes de personnalisation des contenus exposent certains mineurs à des publications incitant au suicide, à l'automutilation ou à des comportements à risques (défis dangereux, consommation de drogues, alcool, tabac...) et aux cyberviolences.

Plus utilisatrices des réseaux sociaux que les garçons, davantage objets de "pression sociale liée aux stéréotypes de genre" et plus cyberharcelées, les filles sont "plus impactées", constate l'Anses, comme les personnes LGBTQI et des jeunes sujets à des troubles psychiatriques.

L'avocate Me Laure Boutron-Marmion a porté en 2024 un recours collectif en responsabilité contre Tik Tok devant le tribunal de Créteil (Val-de-Marne) au nom de sept familles meurtries par le suicide ou la tentative de suicide de leur enfant. Ces familles accusent la plateforme d'avoir laissé circuler des contenus faisant la promotion du suicide, de l'automutilation et des troubles alimentaires auprès de leurs enfants, tombés "dans la marmite mortifère" de TikTok, a déclaré l'avocate à l'AFP.