Batteries électriques, éoliennes, semi-conducteurs pour l'intelligence artificielle: les molécules produites par l'industrie chimique se trouvent "dans toutes les chaînes de valeur", assure le directeur général de Solvay, Philippe Kehren, faisant de leur défense une question de "souveraineté", dans un entretien avec l'AFP publié lundi.
"Ce qu'on fait n'est pas forcément toujours considéré comme stratégique mais en réalité, ça l'est", a-t-il estimé, "parce qu'il n'y a pas de semi-conducteurs, pas d'intelligence artificielle, de mobilité durable sans nos molécules au départ".
La Commission européenne prévoit de présenter "d'ici la fin de l'année" une liste d'une dizaine de molécules chimiques jugées particulièrement "critiques" et devant bénéficier d'un soutien accru en Europe.
Le choix se portera sur les molécules qui sont utilisées dans des secteurs comme "la défense, la santé ou les industries vertes", ou qui "sont considérées comme des molécules plateformes dont tant de chaînes de valeur dépendent", a précisé jeudi le commissaire européen à l'industrie, Stéphane Séjourné.
Le secteur européen de la chimie, en prise avec une forte concurrence internationale et un coût élevé de l'énergie, avait été rassemblé par l'UE pour déterminer les molécules les plus critiques pour l'économie européenne, sous l'oeil inquiet des défenseurs de l'environnement.
Continuer à produire en Europe, "cela s'appelle garder sa souveraineté, tout simplement", a déclaré M. Kehren à l'AFP, assurant que "les écarts de compétitivité ne sont pas si évidents que ça", et que "le problème, c'est que la concurrence n'est pas loyale" avec "une partie de l'industrie chinoise largement subventionnée".
"Aujourd'hui, on peut faire des terres rares à La Rochelle au même coût de production qu'en Chine", mais la Chine "peut faire une guerre des prix et on n'est pas capable d'y faire face, on ne peut pas tourner à perte, contrairement à eux".
Le groupe chimiste belge prévoit de "renforcer les capacités" de son usine française de La Rochelle (Charente-Maritime), qu'il présente comme "une des plus grandes installations de séparation de terres rares hors de Chine".
Certains terres rares sont notamment utilisées pour produire des aimants très performants et incontournables dans l'éolien en mer, l'automobile ou l'aviation, et dont la Chine est de loin le principal producteur au niveau mondial.
Interrogé sur la réaction européenne, M. Kehren s'est réjoui que "tout le monde (veuille) défendre l'industrie en Europe", mais a appelé à passer rapidement "à l'action".
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