L'association Phytéis, qui représente les principaux fabricants de pesticides en France, a dénoncé jeudi un recul des "moyens de production" des agriculteurs, entre baisse des substances homologuées, pression climatique et "surtranspositions" du droit européen.
Après trois hivers de colère agricole, le président de Phytéis Yves Picquet estime qu'"il y a eu beaucoup de paroles et peu de faits", en dépit de l'adoption d'une loi d'orientation agricole, de la loi dite Duplomb sur la levée des contraintes au métier d'agriculteur et de l'annonce d'une nouvelle "loi d'urgence" pour le printemps.
Il affirme que "la question de la souveraineté alimentaire est devenue centrale" alors que l'excédent commercial agricole est quasi-nul en 2025, et que l'"on bute toujours sur les mêmes problèmes, liés aux moyens de production et à la simplification" des normes et procédures, lors d'une conférence de presse à Paris.
Le lobby des pesticides demande que les agriculteurs français aient "accès aux mêmes solutions que leurs homologues européens". C'est à dire aux trois seules substances (les néonicotinoïdes acétamipride, flupyradifurone et sulfoxaflor) encore autorisées en Europe mais aujourd'hui interdites en France.
Phytéis plaide notamment pour la réautorisation de l'acétamipride, un insecticide néonicotinoïde toxique pour les pollinisateurs dont le nouveau permis a été censuré par le Conseil constitutionnel l'été dernier faute d'encadrement suffisant.
- Approche "combinatoire" -
Le lobby rappelle que "depuis plus de six ans, aucune nouvelle substance active conventionnelle n'a été autorisée dans l'Union européenne" et que "89 substances ont été retirées du marché", alors qu'augmente la pression des ravageurs de cultures, favorisés par le changement climatique.
Dans ce contexte, le lobby salue le projet européen sur "la sécurité des aliments" (dit directive Omnibus) qui va permettre de "simplifier un processus aujourd'hui engorgé".
Ce projet permettrait, s'il était adopté en l'état au Parlement européen, d'accorder une autorisation illimitée à une série de pesticides, du fait de la suppression des réexamens périodiques aujourd'hui obligatoires.
Les autorisations ne seraient revues qu'en cas de décision de la Commission européenne, en tenant compte de nouveautés scientifiques. Ces autorisations illimitées concerneraient les substances actives (comme par exemple le glyphosate), et pas le produit final (le Roundup), pour lequel chaque Etat membre continuera à délivrer des approbations spécifiques.
Le projet est contesté par les ONG et des élus de gauche, même si la Commission a revu à la baisse ces autorisations illimitées. "Tout ça est totalement bricolé", estime l'eurodéputé socialiste Christophe Clergeau et "ne résout aucun problème" car les "Etats membres vont devoir décider" eux-mêmes sur quelle base scientifique "ils autorisent les produits".
Phytéis défend de son côté la nécessité d'une approche "combinatoire", utilisant tous les leviers pour aider les agriculteurs: pratiques agronomiques, outils numériques, usage de produits utilisables en agriculture conventionnelle et bio.
En 2025, les 18 industriels adhérents de Phytéis, qui représentent 90% du marché en France, ont réalisé un chiffre d'affaires total de 2,4 milliards d'euros, en hausse de 9% sur un an.