Les agriculteurs démarrent le blocage de raffineries et dépôts de carburants

Les agriculteurs français ont commencé dimanche soir à bloquer des raffineries et dépôts de carburant, pour dénoncer l'"incohérence" du gouvernement qui les oblige à respecter des normes auxquelles ne sont pas soumis des produits importés comme l'huile de palme.

Quelque 200 agriculteurs avec deux douzaines de tracteurs sont mobilisés sur Lyon depuis 22H15 pour bloquer la raffinerie Total de Feyzin ainsi que le dépôt pétrolier au port rhodanien Edouard Herriot, a appris l'AFP du syndicat FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes.

Même scène à Gonfreville-l'Orcher, près du Havre, où les agriculteurs normands s'apprêtaient vers 22H00 à déverser des bennes de fumier, oignons, terre et bois devant l'entrée d'une autre raffinerie du groupe pétrolier, a constaté sur place un photographe de l'AFP.

A Strasbourg, "entre 130 et 140" agriculteurs du Bas-Rhin et de Moselle, encadrés par une vingtaine de tracteurs, se sont installés dimanche soir à l'entrée du dépôt pétrolier du port du Rhin "pour bloquer dès 5H les camions citernes",a précisé à l'AFP Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. La région Grand Est étant "un gros producteur de colza et de betterave (deux biocarburants), on fragilise nos outils, on casse cette filière avec beaucoup d'emplois", a-t-il regretté.

Au moins 200 agriculteurs ont aussi commencé vers 23H00 à déverser de la terre sur les routes menant la raffinerie Total de Grandpuits (Seine-et-Marne) et installé une quarantaine de tracteurs, selon Sébastien Guérinot, président des Jeunes agriculteurs dans le département.

En début de soirée, d'autres agriculteurs s'étaient déjà installés devant trois dépôts de carburant à Vatry (Marne), à Lespinasse près de Toulouse ainsi qu'à Cournon dans le Puy-de-Dôme.

Ils avaient également prévu d'empêcher d'ici lundi matin l'accès aux dépôts de Dunkerque (Nord), Grigny (Essonne), Coignières (Yvelines), Gennevilliers (Hauts-de-Seine) ainsi qu'à une autre raffinerie Total à Donges (Loire-Atlantique).

- L'huile de palme, la goutte de trop -

Le premier syndicat agricole, la FNSEA, et les Jeunes Agriculteurs (JA) ont appelé leurs adhérents à occuper au total 14 sites stratégiques durant trois jours reconductibles.

"Nous ne sommes pas contre les importations (...) mais nous voulons, pour le consommateur, que le gouvernement soit cohérent et que les importations soient faites à normes égales, sinon l'agriculture française va disparaître", a déclaré à l'AFP Samuel Vandaele, secrétaire général des JA.

Jusqu'à 300.000 tonnes par an d'huile de palme, produit hautement controversé car accusé de favoriser la déforestation en Asie du Sud-Est, doivent en particulier être importées pour alimenter la bioraffinerie Total de La Mède (Bouches-du-Rhône), qui doit démarrer cet été. Alors que l'agriculture française peut fournir davantage d'huile de tournesol ou de colza, mais plus chère.

L'accès à ce site symbolique était aussi bloqué dimanche soir par plusieurs dizaines d'agriculteurs, rassemblés dans le calme, a constaté sur place un vidéaste de l'AFP.

"C'est la goutte d'huile de palme qui fait déborder la coupe des problèmes des paysans", a résumé Pierre Lebaillif, président des JA de Normandie, interrogé par l'AFP. "Pour l'exploitation qui produit du colza, ça peut être à l'avenir des quantités à produire en moins ou des prix qui baissent."

"Biocarburant: on n'a pas investi pour importer", pouvait-on aussi lire sur les pancartes des agriculteurs à Vatry.

- Pas de risque immédiat de pénurie -

Pour le porte-parole de LREM Gabriel Attal, l'Etat ne peut pas se dédire de l'accord scellant l'importation d'huile de palme pour La Mède, mais sera "vigilant", notamment sur sa qualité environnementale.

Nécessitant jusqu'à 650.000 tonnes de matières premières par an, cette bioraffinerie utilisera aussi d'autres huiles, dont 50.000 tonnes de "colza français", a promis début juin le PDG de Total, Patrick Pouyanné.

Le mouvement des agriculteurs est observé avec intérêt par les ONG environnementales, d'ordinaire opposées à la FNSEA dans les dossiers phytosanitaires.

Les paysans espèrent aussi le soutien des consommateurs, en dénonçant les effets sur le contenu des assiettes d'accords commerciaux internationaux, comme le CETA signé avec le Canada et l'accord UE-Mercosur en cours de négociation.

Les agriculteurs demandent la réintroduction dans la loi Alimentation, examinée à partir du 26 juin au Sénat, d'un amendement sur l'interdiction d'importer toute denrée produite en utilisant des substances phytosanitaires interdites dans l'Union européenne.

Ils souhaitent aussi que le gouvernement renonce à son contingent d'importation d'huile de palme, et réclament un allègement du coût du travail salarié de saisonniers.

Une pénurie de carburant n'est toutefois pas à craindre dans l'immédiat. Car la France compte au total sept raffineries en activité ainsi que 200 dépôts de carburant. De plus l'Etat dispose de stocks stratégiques pour trois mois.

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