La remise en cause par le Parlement de plusieurs marqueurs écologiques du premier quinquennat d'Emmanuel Macron, comme les Zones à faible émission (ZFE), interdites aux véhicules les plus polluants, ou le "zéro artificialisation nette" (ZAN) des sols symbolise dix ans de "stop and go" sur les politiques environnementales.
2017: des symboles forts...
Quand Emmanuel Macron arrive à l'Élysée, "il n'a pas de projet fort sur l'environnement. Il n'en fait pas un élément identitaire, contrairement à l'Europe par exemple", admet Pascal Canfin, président macroniste de la commission de l'environnement du Parlement européen de 2019 à 2024.
Le nouveau chef de l'Etat frappe un grand coup en nommant au gouvernement Nicolas Hulot, icône médiatique de l'écologie, même si cela ressemble davantage à une +prise de guerre+ qu'à un accord politique.
A la tête d'un grand ministère de la Transition écologique, l'ex-animateur vedette bataillera notamment pour la fin de l'exploitation des hydrocarbures en France et l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes.
"Il y a eu des signaux importants et des consultations novatrices (Etat généraux de l'alimentation, Assises de la mobilité...)", reconnait Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat, qui rassemble les principales ONG environnementales.
Au niveau international, Emmanuel Macron séduit avec son "Make Our Planet Great Again" en écho au "Make America great again" de Donald Trump qui s'est retiré des accords de Paris. Finance verte, biodiversité... la France se veut en pointe de la diplomatie environnementale.
... mais vite les critiques
Mais Nicolas Hulot avale des couleuvres. Il doit renoncer à la fin du recours au glyphosate et se voit imposer par Edouard Philippe d'abandonner "l'objectif imbécile" selon l'ancien Premier ministre de ramener la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50% en 2025.
Dénonçant le poids des "lobbies" et jugeant "les petits pas insuffisants", il annonce sa démission le 28 août 2018 sur France inter sans prévenir Emmanuel Macron.
Quelques mois après, le mouvement des Gilets jaunes contraindra le gouvernement à renoncer à augmenter la taxe carbone et plombera durablement les débats sur la fiscalité écologique.
Pour reprendre la main, Emmanuel Macron innove avec une "Convention citoyenne sur le climat" réunissant 150 citoyens tirés au sort, dont il promet de reprendre "sans filtre" les propositions dans un projet de loi "climat et résilience".
Mais pour les ONG, "ce sera une frustration" selon Mme Bringault parce que le texte, qui généralise ZAN et ZFE, sera "édulcoré". "Emmanuel Macron a lancé des processus démocratiques intéressants mais il a des difficultés à reprendre des propositions venant d'autres acteurs".
Faux procès, répond le directeur du groupe de réflexion Terra Nova, Thierry Pech. "On a dit +la montagne accouche d'une souris+, deux ans plus tard on lit +les ZFE, ça va trop vite+, +le ZAN, les collectivités n'y arriveront jamais, c'était assez ambitieux en réalité", juge-t-il.
2022: une relance par la planification...
En campagne à Marseille, Emmanuel Macron proclame que son second quinquennat "sera écologique ou ne sera pas" et reprend à Jean-Luc Mélenchon son concept de "planification écologique".
Un "Secrétariat général à la planification écologique" est créé sous l'autorité de Matignon, pour arbitrer entre les ministères et décider, financements à la clé, d'une feuille de route pour les transports, l'industrie, etc.
Mais l'exécutif attendra plus de deux ans pour détailler début 2026 son volet énergétique, axé sur la relance de la consommation d'une électricité décarbonée notamment d'origine nucléaire.
... rattrapée par le "retour de bâton"
Entretemps, la guerre en Ukraine, avec la hausse des prix de l'énergie, remet au premier plan les questions de compétitivité de l'industrie.
Après avoir soutenu le pacte vert européen (fin de la vente des voitures thermiques neuves en 2035, taxe carbone aux frontières,...) Emmanuel Macron plaide pour une "pause réglementaire massive".
A Matignon, Gabriel Attal est confronté à la crise agricole, multifactorielle, mais "il en fait un récit d'une colère contre les normes environnementales" (pesticides, gestion de l'eau, etc)", déplore Mme Bringault.
L'exécutif a d'autres priorités budgétaires. "Il suffit de regarder les déclarations de politique générale des différents Premiers ministres depuis 2024, la transition écologique est à peine évoquée", note-t-elle.
Dans l'Assemblée instable issue de la dissolution, le détricotage commence, sur les ZFE, le ZAN, la loi Duplomb... avec le soutien d'une partie du bloc central alors que le gouvernement fait du "stop and go" sur les aides à la rénovation ou l'achat de véhicules électriques.
La France n'échappe pas au "backlash" (retour de bâton) en Europe dans lequel droite et extrême droite font de la dénonciation du "pacte vert" et de "l'écologie punitive" un élément central des Européennes de 2024.
En quelques mois, "le débat public passe de +vous n'en faites pas assez, c'est insupportable+, à +vous en avez fait trop, c'est insupportable+", résume Pascal Canfin.
A la fin de ce second quinquennat, il regrette qu'Emmanuel Macron n'ait "pas réussi à proposer une méthode de gouvernement pour que la transition écologique soit négociée et dépolarisée". Pour Mme Bringault, celui qui avait fustigé "le modèle amish" est resté "dans un rapport libéral avec cette transition en misant d'abord sur l'innovation".