Des désaccords ministériels, une revendication venue de Guyane et de vives oppositions des ONG: le Sénat se penche jeudi sur un texte visant à relancer les projets d'énergies fossiles en outre-mer, sur lequel le gouvernement promet un avis défavorable.
Défendue par le sénateur guyanais Georges Patient, cette proposition de loi risque de susciter des débats agités à la chambre haute en milieu d'après-midi, entre défenseurs de l'environnement et partisans du développement économique local.
Le texte vise "à lever, dans les territoires d'outre-mer, l'interdiction de recherche, d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures". Il prévoit ainsi de revenir sur certaines dispositions de la loi Hulot de 2017, qui interdit toute prospection d'hydrocarbures sur le territoire français, sur terre comme en mer.
La proposition de loi, cosignée par des élus macronistes et ultramarins, met en lumière un contraste particulièrement marqué en Guyane, où les habitants assistent, médusés, au boom pétrolier des pays voisins - Brésil, Suriname, Guyana - au risque d'attiser un sentiment d'injustice.
Mais relancer l'exploitation des hydrocarbures "relève d'une promesse trompeuse et irresponsable", rétorquent plusieurs associations environnementales dont Greenpeace, qui sont montées au créneau contre ce texte.
"Il n'y a pas de pétrole au large de la Guyane. Ce n'est pas nous qui le disons mais les groupes pétroliers qui depuis soixante ans ont exploré la zone", s'agacent pour leur part les sénateurs écologistes Yannick Jadot et Mathilde Ollivier dans une tribune au Nouvel Obs, dénonçant l'ouverture d'un "nouveau chapitre du déni climatique".
Un permis d'exploration de Total (devenu TotalEnergies en 2021) au large de la Guyane avait en effet expiré le 1er juin 2019 sans résultat probant, fermant alors la porte à une éventuelle industrie pétrolière locale.
Cette loi fait même débat jusque dans les rangs gouvernementaux, où la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou y était favorable, au contraire de celle de la Transition écologique Monique Barbut.
L'arbitrage final du gouvernement sur ce texte s'est fait attendre durant plusieurs jours. Son avis sera finalement "négatif", a annoncé Mme Barbut mercredi, assurant qu'un soutien à cette proposition "rendrait la position de la France intenable à l'international".
Le ministre de l'Economie Roland Lescure, qui défendra la position gouvernementale au Sénat, va devoir convaincre... son propre camp. En effet, le texte émane du groupe macroniste (RDPI) au Sénat et ce dernier entend bien défendre sa position.
"Il faut comprendre le ressenti des Guyanais et de leurs représentants. Cette aspiration locale est juste", a expliqué à l'AFP le patron du groupe, François Patriat, un macroniste historique.
Dominé par la droite, le Sénat devrait, sauf surprise, adopter le texte. Rien n'assure néanmoins qu'il prospérera à l'Assemblée nationale.
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