Le système électrique français est capable de résister aux canicules comme celles que la France vient de traverser, affirment les experts du secteur, qui insistent toutefois sur la nécessité de dizaines de milliards d'investissements pour qu'il tienne quand le mercure montera encore plus haut.
Des dizaines de milliers de personnes ont souffert de coupures de courant ces derniers jours lors d'une canicule historique en France, et une nouvelle vague pourrait survenir dès la semaine prochaine.
Les records de chaleur en France ont mis à mal les câbles, particulièrement certains posés entre 1965 et 1981, souligne Enedis, gestionnaire du réseau de distribution.
Dans les zones urbaines, la température des sols goudronnés peut grimper jusqu'à 80°C. Or, quand il fait trop chaud trop longtemps sous terre, "de l'usure se crée" sur les câbles, entravant les connexions, relève Nicolas Goldberg, expert énergie chez Colombus Consulting interrogé par l'AFP.
"C'est pour cela que parfois ça claque, mais un peu plus tard", ajoute-t-il, précisant toutefois que "globalement, le réseau est plutôt résilient. On est plutôt bien lotis en France par rapport à d'autres" pays.
Le problème, souligne l'expert, "c'est quand les canicules commencent à se répéter à court intervalle".
Les lignes électriques aériennes, elles aussi, sont à la peine, car la chaleur "diminue (...) leur capacité à acheminer de l'électricité", explique encore Nicolas Goldberg.
En outre, précise le gestionnaire du réseau à haute tension RTE, "les câbles s'allongent et se rapprochent du sol", au risque de toucher des maisons, arbres, ou même des personnes, ce qui peut nécessiter "une coupure automatique de la ligne par mesure de sécurité".
Un tiers des lignes aériennes de RTE "sont particulièrement sensibles aux fortes températures", indique le gestionnaire, qui assure cependant que son réseau "est conçu pour résister aux vagues de froid et fortes vagues de chaleur".
Les températures doivent repartir à la hausse la semaine prochaine dans l'Hexagone mais Patrice Geoffron, directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières (CGEMP) et professeur d'économie à Paris Dauphine, estime que le réseau est resté "assez résilient pendant la canicule".
- Et à 45°C ? -
"Il y a évidemment des coupures qui ont pu impliquer quelques dizaines de milliers de personnes sur des périodes relativement courtes", souligne-t-il, mais ce sont des "perturbations locales", pas un "black-out à l'espagnole dans lequel le système s'effondre".
Le 28 avril 2025, Espagne et Portugal avaient été touchés pendant plusieurs heures par une panne généralisée.
En revanche, souligne Patrice Geoffron, "la vraie question, c'est que se passe-t-il dans une configuration dans laquelle on n'est pas à 41°C, mais à 45°C?".
Les canicules à répétition sont un marqueur sans équivoque du changement climatique, principalement causé par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, ont montré les climatologues. Ces vagues de chaleur sont appelées à encore se multiplier, s'allonger et s'intensifier.
Enedis est engagé dans un plan d'investissement de 26 milliards d'euros sur la période 2026-2040 pour "renforcer la robustesse du réseau de distribution", dont plus de 15 milliards pour l'adaptation au changement climatique.
Côté RTE, ce sont 24 milliards d'euros qui seront investis d'ici 2040 pour le renouvellement et l'adaptation du réseau.
"Il est d'autant plus important d'avoir un système qui soit résilient qu'on va développer ou intégrer de nouveaux usages", avertit encore Patrice Geoffron, citant les pompes à chaleur, l'électrification des processus industriels ou encore les data centers.
Quant à la production d'électricité, la canicule la ralentit aussi: les 57 réacteurs nucléaires français doivent être refroidis en permanence, en rejetant leurs eaux de refroidissement dans la mer ou un cours d'eau. Mais cela est interdit lorsque la température y est trop élevée, nécessitant de réduire, voire arrêter la production.
Pour autant, le parc nucléaire "a répondu présent depuis plusieurs jours malgré la canicule", seuls trois réacteurs ont été mis à l'arrêt "pour des raisons de protection environnementale", a déclaré Maud Brégeon, ministre déléguée à l'Energie, mardi à l'Assemblée nationale.
"Nous sommes restés exportateurs nets pendant l'ensemble de la crise. (...) Et le réseau électrique dans sa globalité a également tenu", a-t-elle ajouté.