L'économie du réemploi, qui consiste à réutiliser un objet sans le transformer, doit passer au stade industriel pour permettre à l'Europe de réduire sa dépendance aux matières premières, mise en lumière par les dernières crises énergétiques, souligne mardi Célia Rennesson, figure de proue de cette économie.
"On se rend compte que quand on a des guerres, des ruptures d'approvisionnement avec les matières premières, cela met potentiellement à l'arrêt nos économies parce que rien ne provient de notre sol", souligne-t-elle, dans un entretien accordé mardi à l'AFP, à l'occasion de la publication de préconisations, qui visent à faciliter cette accélération.
"Le recyclage, à lui seul, ne suffira ni à réussir la transition écologique, ni à sécuriser notre économie", écrit la cofondatrice du réseau Vrac et Réemploi, en préambule de ce document où elle liste "10 leviers pour passer à l'échelle" industrielle du réemploi, au-delà des seuls emballages.
Car, s'il y a quelques emballages, comme le verre, qu'on est capable de recycler quasiment à 100%, pour certains plastiques, notamment, "on réinjecte toujours de la matière vierge", ce qui ne résoud pas la question de la raréfaction des ressources, souligne Mme Rennesson.
En France, "moins de 2% des emballages aujourd'hui sont réemployés", rappelle Mme Rennesson, alors que la loi anti-gaspillage Agec vise 10% en 2027, un objectif d'ores et déjà inatteignable.
Ce retard s'explique avant tout par une méconnaissance : le réemploi est "très souvent amalgamé avec le recyclage", souligne Mme Rennesson.
Le premier des leviers listés consiste donc à "créer une culture" du réemploi, par exemple "en orientant la commande publique vers des produits issus du réemploi et du reconditionnement", ou "en fixant des objectifs chiffrés" dans certaines filières.
Parmi les autres suggestions, l'écoconception des produits, en favorisant notamment des équipements démontables et réparables, le développement de la formation aux métiers du secteur, "encore limitée", ou des mécanismes de soutien et d'incitations fiscales.
Les législations et les grands plans de financement, en France et en Europe, "sont toujours faits pour le neuf", pointe Mme Rennesson. Et le "Circular Economy Act" (loi européenne sur l'économie circulaire) en préparation à Bruxelles, fait la part belle au soutien du recyclage, au détriment du réemploi, déplore-t-elle.
Parmi ses motifs d'espoir, le "balbutiement" du réemploi observé dans certaines filières comme l'aéronautique, présente lors du dernier salon du réemploi "ReUse Economy Expo", en 2025.
Une tendance qu'elle espère confirmer lors de la prochaine édition, les 19 et 20 mai prochains, à Paris.