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Le patron de Thales veut faire de l'Europe un champion des capteurs quantiques

Le patron de Thales plaide pour faire de l'Europe le champion dans le domaine des capteurs quantiques, qui utilisent les propriétés de la matière pour développer des instruments de mesure et ouvrent de larges champs d'application dans l'industrie, l'environnement ou la santé.

"Cela fait partie des champs où l'Europe peut avoir un leadership mondial", déclare à l'AFP Patrice Caine, PDG du groupe de haute technologie et de défense à l'occasion du salon Vivatech à Paris.

"L'utilisation des propriétés quantiques de la matière permet aujourd'hui d'entrevoir des facteurs d'amélioration par rapport aux instruments de mesure classique d'une échelle de 10 à 100 a minima. On est vraiment dans ce que l'on appelle un objectif extrêmement ambitieux. Ca révolutionnera ce qu'on est capables de faire", promet-il.

Les ordinateurs quantiques, sur lesquels travaillent de nombreux groupes dans le monde, se basent sur les propriétés étonnantes des particules permettant d'échapper aux règles de la physique classique. Cette technologie doit révolutionner l'informatique en permettant une croissance exponentielle des puissance de calcul pour certains types d'applications.

Moins connues du grand public, les recherches sur les capteurs quantiques ouvrent aussi des perspectives innombrables pour l'industrie, notamment automobile ou de défense, mais également pour la santé autour des maladies neuro-dégénératives, la science et l'environnement autour de la cartographie souterraine ou l'observation du sous-sol.

"L'Europe a des équipes de recherche du meilleur niveau mondial" reprend Patrice Caine. Je me dis qu'on devrait au niveau européen consacrer des moyens importants pour faire émerger un pôle d'excellence".

Thales, qui vient de boucler le rachat de Gemalto, travaille lui-même sur les capteurs quantiques. Principalement centré autour de la défense il y a encore quelques années, le groupe est devenu sous la direction de Patrice Caine un "leader de la tech" autour de ses "verticales de marchés" (aéronautique, spatial, sécurité, cybersécurité, sécurité numérique des objets d'identité et défense).

Il réalise désormais 60% de son activité dans le civil et 40% dans la défense.

Cette accélération dans la "tech" s'est appuyée sur les rachats de Guavus et Vormetric, et le lancement d'une "Digital factory" à Paris, Singapour et Montréal, consacrée à la recherche sur l'intelligence artificielle. Thales a aussi fortement augmenté ses investissements en recherche et développement (R&D), y employant 28.000 personnes.

- Diversité féconde -

Le groupe collabore aussi avec des universités ou instituts de recherche. Des chercheurs de l'unité mixte de physique CNRS/Thales ont ainsi développé le premier nano-neurone artificiel, qui permet de réduire considérablement la consommation d'énergie des calculateurs.

"L'un des problèmes majeurs de l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA), ce n'est plus tellement les algorithmes, mais demain la consommation énergétique", explique Patrice Caine. "Les machines sont a minima cent à mille fois plus consommatrices d'énergie que le cerveau humain. Si demain, toute l'industrie à l'échelle de la planète se mettait à utiliser ces technologies, ce serait pas supportable".

"Il faut donc qu'on travaille sur des technologies qui rendent le même service mais consomment 10 et peut-être 100 fois moins d'énergie que les super-calculateurs aujourd'hui. Cette équipe travaille sur ces matériaux ferro-magnétiques qui font appel à des propriétés de la mécanique quantique".

Quand aux capteurs quantiques, "on peut imaginer des applications dans le domaine de l'énergie, du nucléaire, médical", souligne-t-il. "Il n'y a presque pas de limite à l'inventivité, aux idées, aux rêves que l'on peut avoir de l'application de ces technologies".

Ainsi, un atome d'azote placé dans des diamants de synthèse "donne comme propriété à ce matériau la capacité de mesurer des champs électromagnétiques que vous ne voyiez pas auparavant, parce que les instruments de mesure classique ne voyaient pas ces fluctuations".

Pour autant, Thales se distingue par nature des Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple), souligne Patrice Caine. "Ces grands groupes de tech s'adressent majoritairement au grand public (...) Quand ils font de la recherche sur l'IA, leur champ de contraintes n'est pas le même que le nôtre".

Thales, distingué cette année encore parmi les 100 entreprises les plus innovantes au monde, a choisi Vivatech pour signer une charte LGBT. "Ce n'est pas seulement avoir des talents très divers, c'est aussi avoir un environnement de travail où tout le monde se sent bien", souligne Patrice Caine.

"Ce dont on est convaincus, c'est que dans les groupes qui cherchent à innover, en général les plus belles idées viennent de la confrontation de cerveaux différents. Ce n'est pas en alignant les meilleurs cerveaux mais tous pareils qu'on va créer les meilleures idées".

dlm/tq/nth

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