Le gouvernement a dévoilé jeudi son plan d'électrification de l'économie, de l'industrie aux transports en passant par le numérique, afin de réduire sa dépendance aux énergies fossiles en profitant de l'avantage offert par l'électricité nucléaire et renouvelable abondante en France.
Ce plan de 22 mesures doit permettre de "produire l'énergie que nous consommons" pour renforcer la souveraineté énergétique du pays, soutenir le pouvoir d'achat des ménages et la compétitivité des entreprises, a indiqué le gouvernement dans sa présentation.
Près de 4,5 milliards d'euros par an de financements iront vers l'électrification d'ici 2030, s'ajoutant aux près de 5,5 milliards par an déjà existants, assure-t-il.
"La crise actuelle" au Moyen-Orient "montre à nouveau l'urgence à accélérer, dès aujourd'hui, l'électrification de nos usages", souligne-t-il.
Ce plan s'inscrit dans le prolongement de la feuille de route énergétique de la France (Programmation pluriannuelle de l'énergie, PPE3), publiée avant le déclenchement de la guerre dans le Golfe.
Il vise à réduire la part des énergies fossiles dans la consommation en passant d'environ 60% en 2023 à 40% en 2030 et moins de 30% en 2035.
Le pétrole pèse pour 43,8 milliards d'euros dans la facture énergétique de la France et le gaz naturel 17,4 milliards, soit 57,8 milliards en 2024.
La part de l'électricité doit quant à elle passer de 27% actuellement à 38% en 2035 et représenter plus de la moitié de la consommation énergétique en 2050.
Pour réussir cette transition, la France bénéficie d'une production électrique abondante et décarbonée à 95%, grâce à son parc nucléaire et aux énergies renouvelables (hydraulique, éolienne et solaire). Elle a été exportatrice nette d'électricité en 2025, à hauteur de 5,4 milliards d'euros.
Du côté des usages, "les technologies sont désormais matures", souligne le gouvernement en citant les véhicules électriques, qui permettent désormais aux ménages modestes de le rentabiliser "en moins d'une année", avec un gain entre la facture d'électricité et celle de l'essence "atteignant de 800 à 1.500 euros par an".
Cette stratégie vise aussi à soutenir la réindustrialisation de la France. Selon le gouvernement, "près de 600.000 salariés en France travaillent dans des industries qui peuvent être mobilisées pour le plan d'électrification, dans au moins 50 usines sur tout le territoire".
- Souveraineté numérique -
Pour soutenir ce plan, les certificats d'économie d'énergie (CEE) seront réorientés à hauteur de 1,1 milliard d'euros dans le bâtiment, 0,2 milliard dans l'industrie, et 2,1 milliards dans les transports.
Les CEE sont des contributions versées par les fournisseurs d'énergie selon le principe du "pollueur-payeur", qui permettent de financer des actions de décarbonation.
Afin d'atteindre un million de pompes à chaleur françaises installées par an d'ici 2030, les aides à la rénovation énergétique MaPrimeRénov' ne subventionneront plus les rénovations globales prévoyant de conserver un chauffage au gaz à l'issue des travaux.
Le gouvernement veut aussi encourager les implantations industrielles ou de centres de données, afin de renforcer la souveraineté numérique de la France et son attractivité dans le domaine de l'intelligence artificielle tout en soutenant la production d'énergie nucléaire et renouvelable.
Pour ce faire, le raccordement des sites au réseau électrique devra être facilité au profit des projets les plus mûrs.
Dans la mobilité, le gouvernement veut soutenir l'achat de véhicules électriques pour les "gros rouleurs", lancer un troisième programme de leasing social pour 50.000 véhicules au profit des ménages modestes, et renforcer le soutien à l'achat de véhicules utilitaires légers et de poids lourds électriques.
Même chose pour le déploiement de bornes de recharge dans le résidentiel collectif, sur le réseau routier et à destination de la mobilité lourde (poids-lourds, autocars, autobus).
Le plan vise aussi à accompagner l'électrification des artisans (fours, rôtisseries, cabines de peinture), des engins de chantier et développer l'offre d'engins agricoles électriques ou l'accès aux pompes à chaleur pour les serres maraîchères et horticoles. Enfin, il veut favoriser l'électrification des navires de pêche.
Dans l'industrie, l'accent sera mis sur l'aide aux pompes à chaleur et aux chaudières électriques et une partie de l'énergie renouvelable soutenue par l'État sera proposé aux entreprises sous forme de contrats d'électricité de long terme (8 à 10 ans), à compter de 2027, afin d'assurer la stabilité des factures.