Le gouvernement a décidé de réduire plus rapidement le taux de cadmium dans les engrais phosphatés, avec un seuil abaissé à 20 milligrammes par kilogramme de phosphore contenu dans les engrais dès 2030, contre 90 mg/kg actuellement.
Le cadmium "constitue un enjeu sanitaire particulier en raison de sa toxicité et de sa capacité à s'accumuler durablement dans les sols", ont indiqué vendredi les ministères de l'Agriculture, de la Transition écologique et de la Santé dans un communiqué conjoint.
Ce seuil de 20 mg/kg rejoint les recommandations de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), afin de limiter l'accumulation de ce métal lourd toxique dans les sols et, à terme, l'exposition de la population.
- Multiples effets sanitaires -
Mais ce n'était pas à l'origine ce que le gouvernement envisageait. Un projet soumis à consultation au printemps prévoyait d'atteindre cette cible plus tard : 60 mg/kg en 2027, 40 en 2030, puis 20 d'ici 2038.
Le nouveau calendrier prévoit une première baisse à 60 mg/kg au 1er janvier 2027, soit le niveau actuellement fixé au niveau européen, avant le passage à 20 mg/kg en 2030.
En 2025, près de la moitié de la population française présentait des niveaux d'exposition au cadmium supérieurs aux valeurs sanitaires de référence, selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).
L'organisme avait qualifié la substance de "cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction".
Une "exposition répétée à de faibles doses peut être à l'origine de multiples effets sanitaires : rénaux, osseux, respiratoires, neurologiques, cardiovasculaires, sur la reproduction et cancérogènes", détaillait la Haute autorité de santé en 2024.
Un arrêté publié vendredi fixe par ailleurs à trois grammes par hectare l'apport annuel de référence de cadmium pour plusieurs catégories de fertilisants à partir de 2027.
- "Garantie" promise à Mme Barbut -
La ministre de la Transition écologique Monique Barbut avait indiqué en juillet avoir obtenu d'Emmanuel Macron des "garanties" sur plusieurs dossiers environnementaux, dont la trajectoire de baisse du cadmium, après avoir présenté sa démission.
Cette séquence était intervenue après que la ministre avait menacé de claquer la porte à la suite de l'adoption du projet de loi d'urgence agricole, qui ouvrait notamment la voie à la réintroduction de certains pesticides, dont l'acétamipride.
"Je souhaite que nous fixions une norme maximale de 20 milligrammes par kilogramme à horizon 2030, contre 90 mg/kg actuellement", avait déclaré Mme Barbut au Monde, après avoir décidé de rester au gouvernement.
En juin, les députés avaient largement adopté une proposition de loi écologiste visant elle aussi à limiter l'exposition au cadmium. Le texte avait été voté contre l'avis du gouvernement, qui défendait alors une trajectoire moins rapide, en mettant notamment en avant les conséquences possibles pour la compétitivité et l'approvisionnement de l'agriculture française.
La Coordination rurale, deuxième syndicat agricole, avait réagi en dénonçant "une surtransposition", réclamant de réviser le texte pour s'aligner sur la réglementation européenne.
Lors d'une audition au Sénat en juin, le président de la FNSEA Arnaud Rousseau, lui aussi favorable à un alignement sur les normes européennes, a plaidé pour que le coût soit "abordable", "sans ajouter une contrainte supplémentaire à l'agriculture française".
- L'alimentation source de contamination -
Vendredi, Benoît Biteau, l'un des députés à l'origine de la proposition de loi adoptée en juin, s'est réjoui de l'annonce du gouvernement, jugeant qu'elle "augure une victoire majeure pour notre santé" tout en appelant à rester mobilisés.
"Le gouvernement est revenu à la raison", a aussi salué l'ONG Foodwatch, jugeant ce "changement de cap (...) indispensable".
Le cadmium est un élément chimique présent naturellement dans le sol. Mais "aujourd'hui, la quantité de cadmium qui entre dans les sols provient pour 50 à 70% des engrais phosphatés", avait expliqué en mai à l'AFP Thibault Sterckeman, ingénieur agronome à l'Inrae.
Selon une analyse publiée par le centre de recherche européen sur les sols (étude Ballabio), la moyenne européenne est de 0,20 mg de cadmium par kg de terre, tous sols confondus, sur une profondeur de 0 à 20 cm. Selon cette étude, la France se situe à 0,25 mg.
L'alimentation est la première source d'exposition de la population au cadmium, selon l'Anses. On en retrouve notamment dans des aliments très consommés, comme les céréales (blé, riz...), les biscuits sucrés, les pâtes, les pommes de terre.