Evaporation des bénévoles, demandes de remboursement des licences, compétitions stoppées, ados et éducateurs désoeuvrés: du judo au hand, en passant par la boxe ou le patinage, les sports d'intérieur souffrent et poussent un "cri d'alarme", réclamant le soutien du gouvernement.
Arrêté pendant le premier confinement, le sport amateur n'a repris qu'en sourdine à la rentrée de septembre. Depuis fin novembre, les sports de plein air, comme le football, peuvent reprendre pour les mineurs, mais le sport indoor sombre lui carrément dans la déprime.
"Un tunnel et pas de lumière", a résumé le président du Comité olympique français (CNOSF), Denis Masseglia, présent aux cotés d'une quinzaine de présidents ou représentants de fédérations jeudi dans les locaux du CNOSF, au stade Charléty à Paris.
Les traditionnels basket, hand, volley ont rejoint, de manière assez rare, boxe, judo, tennis de table, badminton, boxe française, kick-boxing, gymnastique, patinage, hockey, bowling, karaté... pour dire combien le sport amateur d'intérieur est à la peine.
"Nous sommes inquiets pour la survie de nos fédérations", a lancé Eric Tanguy, à la tête de la Fédération de volley, désireux de lancer un "cri d'alarme". Tous partagent la crainte que les bénévoles, qui assurent entraînements et logistique, s'évaporent.
"Les bénévoles ne s'y retrouvent plus et sont prêts à jeter l'éponge", tandis que "les éducateurs à l'arrêt ont du mal à se projeter dans leur avenir professionnel", a ainsi témoigné le nouveau président de la Fédération de badminton, Yohan Penel.
- "On a pris un uppercut" -
"Sans tous ces bénévoles au sein des clubs, on n'a pas de sportifs de haut-niveau", a aussi fait valoir le président de la Fédération de hockey sur glace, Luc Tardif, qui a raconté "la pression des licenciés" pour le remboursement des licences.
Certains adhérents de sport d'intérieur se tournent vers des sports d'extérieur, ce qui fait craindre à certains de ne jamais les voir revenir.
La baisse du nombre d'adhérents est comprise entre 15 et 57% selon les sports, sachant que les sports de combat et de contact sont très touchés.
"On a pris un uppercut, un direct, on n'est pas K.O, on s'est relevés, mais cela va être difficile", a lancé André Martin, président de la Fédération de boxe dont le nombre d'adhérents a baissé de plus de 50%.
"Aidez nous, on souffre", a lancé Nadir Allouache, président de la Fédération de kick-boxing qui met en avant le fait que dans les quartiers "les enfants ont besoin d'être dans les salles".
"Les gamins sont laissés à eux-mêmes dans les rues et il suffit de lire l'actualité pour voir ce qui se passe avec des phénomènes de bandes", renchérit la Fédération de savate boxe française, par la voix de Gilles Leduigou.
Philippe Bana, patron de la Fédération de handball, parle de "cocotte minute" alors que le sport et l'activité physique sont incontestablement des régulateurs sociaux. Il a par ailleurs l'impression d'un "déséquilibre" de traitement du sport amateur "face à des intérêts qu'on qualifierait de plus importants".
"Je ne sais pas comment ils s'y prennent, mais souvent les chasseurs ont plus d'impact que l'ensemble du sport français", constate, non sans amertume, Luc Tardif, à la tête du hockey.
- Déglaçage de patinoires -
A l'instar de la Fédération des sports de glace (FFSG), il est inquiet de voir des collectivités s'apprêter à "déglacer" des patinoires, car cela coûte trop cher de les maintenir en activité.
Ces quinze fédérations ont perdu, selon les sports, entre 18 et 40% de leurs recettes. Jean-Pierre Siutat, patron de la Fédération de basket a déploré, à part le chômage partiel, "zéro soutien de l'Etat".
Mi-novembre, Emmanuel Macron avait reçu le monde du sport français, tant professionnel qu'amateur. Il avait annoncé un "pass sport" -une aide aux familles pour payer les licences- subventionné à hauteur de 100 millions d'euros par l'Etat. La mesure est attendue pour juin.
Après avoir plaidé leur cause auprès de la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, ces fédérations vont aller la plaider à l'Elysée la semaine prochaine, a expliqué Philippe Bana.
Parmi leurs demandes: retour de la pratique "dès que possible", fonds de soutien pour le sport en salle, une défiscalisation des licences pour les sports qui n'ont pas été pratiqués, ou encore un fonds de relance pour toutes les fédérations en 2021-22.