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Le coworking, alternative au bureau et au domicile, espère rebondir après le confinement

Les espaces de coworking, désertés pendant le confinement à l'instar des bureaux classiques, espèrent rebondir en s'imposant comme une alternative à la fois aux sièges coûteux en m2 et au télétravail à domicile, jugé éprouvant par les salariés pendant le confinement.

"Le télétravail a fait des dégâts invisibles", estime Alexis Rebiffé, co-fondateur de Deskopolitan qui propose deux espaces de coworking à Paris. Isolement, débordement du travail sur la vie privée, perte de sens collectif: pour Patrick Levy-Waitz, président de la Fondation Travailler Autrement, "ce n'était pas du télétravail, c'était du confinement".

"Les espaces de coworking retrouveront leur place parce que les gens ont besoin de lien social", estime-t-il.

Alexis Rebiffé croit à "un modèle où on serait au siège le lundi, en coworking le mardi et en télétravail le mercredi ..."

Ses locaux dans le XIe arrondissement sont quasiment vides: à peine 10% des locataires ont fait leur réapparition, en dépit du luxe de précautions (masques, gel, distanciation etc.).

L'entrepreneur Carlos Rommelaere s'est pour sa part précipité dès le 11 mai, premier seuil du déconfinement: "je travaillais confiné chez moi avec mon conjoint qui donnait ses cours en ligne toute la journée, j'ai cru que j'allais péter un plomb", lance-t-il.

"Pour moi, le coworking c'est comme un hôtel où on loue son bureau, avec des espaces nickel et un personnel aux petits soins", dit-il, enthousiaste.

"Quand vous travaillez chez vous, vous êtes seul avec vos problèmes entre quatre murs. Aller et revenir du boulot permet de laisser les problèmes derrière soi".

Ce distributeur de compléments alimentaires juge que le coworking a été "efficace" pour lui. "J'ai rencontré des gens, construit un réseau, par exemple j'ai trouvé mon comptable grâce à quelqu'un d'ici", explique-t-il. "Et puis il y a la terrasse jardin avec des fraises et des framboises!"

La plupart des clients des bureaux design de Deskopolitan sont de petites entreprises, à l'instar de celle de Laurent Lhermitte, qui propose des services de téléphonie.

"Le coworking est très bénéfique pour de petites structures de 10 ou 20 salariés, ça permet de confronter les idées avec d'autres petites entreprises, ça crée de l'échange et du dynamisme", ajoute-t-il.

- La crise, un accélérateur de nouvelles façons de travailler -

Certes, louer dans un espace de coworking revient environ 15% plus cher, mais "je sais pourquoi je paye: ici, pas besoin de vérifier s'il y a du papier dans les toilettes et une ramette dans l'imprimante", dit Laurent Lhermitte.

Le coworking a pris de plein fouet le confinement car les locations sont plus souples que dans l'immobilier de bureau: un préavis de 30 jours suffit et certains ont préféré ne pas renouveler leur contrat en attendant des jours meilleurs. "Je suis ramené deux ans en arrière", dit Alexis Rebiffé.

Patrick Levy-Waitz estime que 15% des clients d'espaces de coworking n'ont pas renouvelé leur abonnement pendant le confinement. "Or, il faut 85 à 90% de remplissage pour être rentable".

80% des "tiers-lieux" (espaces et cafés de coworking, fablabs, friches culturelles ...) interrogés par l'association France Tiers-Lieux se sentent mis en danger par la situation provoquée par la crise sanitaire (226 réponses sur 1.800 lieux interrogés), avec une perte de chiffre d'affaires estimée à 111,5 millions d'euros sur l'année.

A côté des poids lourds du secteur (WeWork, Regus, Morning Coworking, Kwerk etc.), une multitude de petites structures, pour la plupart associatives, sont à la peine. Un tiers seulement étaient bénéficiaires avant la crise.

"Les petits lieux créatifs risquent de souffrir davantage, du fait de leur faible capacité financière", observe Alexis Rebiffé.

Les espaces privés, plus proches du business des centres d'affaires et souvent adossés à des groupes, auront davantage les moyens de s'adapter aux nouvelles normes sanitaires et à la demande.

"Ma conviction c'est que cette crise va accélérer une autre façon de travailler", estime Patrick Levy-Waitz.

"On est à un moment unique d'alignement entre l'intérêt économique des entreprises qui veulent réduire les coûts immobiliers et l'intérêt des salariés si le télétravail est fait dans des conditions sérieuses", dit-il, pariant sur l'installation d'infrastructures "à proximité des villes moyennes situées à 100 km des métropoles".

mpf/lum/it

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