Le "bachelor agro", un nouveau diplôme d'Etat pour l'agriculture de demain

"C'est un peu un crash test." Zoé Bulcke, 20 ans, fait partie de la première cohorte du bachelor agro, nouveau diplôme développé tambour battant par le ministère de l'Agriculture pour mieux former au travail agricole de demain.

Titulaire d'un BTS en production animale, l'étudiante rejoindra mi-septembre le lycée agricole de Sées, dans l'Orne, qui accueille l'une des 22 classes de la première édition du bachelor agro, en partenariat avec AgroParisTech.

Ce nouveau diplôme, ouvert seulement aux Bac +2 en 2026 avant un élargissement en 2027, présente la spécificité de toujours réunir un lycée technique agricole et un établissement d'enseignement supérieur, qui construisent leur propre programme en s'adaptant au cadre établi par le ministère de l'Agriculture mais aussi aux caractéristiques de l'agriculture locale.

Au total, ce sont 49 établissements, publics ou privés, qui ont formé des partenariats pour cette rentrée, indique le ministère. "Environ 250-300 jeunes" seront accueillis dans les 22 classes, assorties d'une des six spécialités retenues par le ministère.

Pour Zoé Bulcke, ce sera la mention "entreprendre, accompagner et manager en agriculture", la seule proposée par AgroParisTech. "Je n'ai pas encore assez vu tout ce qui est gestion, comptabilité agricole, qui permettent de bien comprendre le fonctionnement d'une ferme", explique-t-elle.

- Passerelle vers un cursus ingénieur -

Sa future camarade, Chloé Lepetit, a rejoint le bachelor en alternance dans une banque, en tant que chargée de clientèle en agriculture.

"J'avais peur de tourner en rond, je voulais voir différents projets, apprendre à gérer une équipe", explique cette fille d'éleveur, qui ne ferme pas la porte à un master.

Le bachelor forme aux métiers de responsable d'exploitation, chef d'équipe, conseiller agricole ou en gestion d'exploitation, avec un niveau plutôt "cadre intermédiaire" que "technicien", explique Emilie Lebrasseur, directrice de la formation d'AgroParisTech. Il offre aussi une passerelle vers le cursus ingénieur de la grande école.

Si les étudiants ont souvent déjà acquis les connaissances techniques et de terrain, le bachelor "va proposer de nouvelles méthodes de gestion", avec un accent sur le management et le "côté humain", résume Mme Lebrasseur, qui juge le lancement du diplôme "encourageant".

Le projet AgriTransitions 2030, porté par l'établissement, souligne le besoin de 800 cadres supplémentaires par an pour gérer la main-d'oeuvre et accompagner les transitions du secteur "en agroécologie, en énergie, en numérique", rappelle-t-elle.

Les écoles se sont appuyées sur les besoins spécifiques des filières agricoles locales, consultées au printemps pour constituer les programmes.

- Relève des licences pro -

Le bachelor agro vise à "renouveler la population de chefs d'exploitation" confrontée à un vieillissement important, mais aussi à "répondre aux enjeux de transition, parce que l'été dont on sort montre à quel point ces questions sont essentielles à la soutenabilité agricole", détaille Romain Jeantet, directeur de l'Institut Agro Rennes-Angers.

Sa mise en oeuvre s'est faite "tambour battant", raconte-t-il, dix-huit mois seulement après la promulgation de la loi entérinant ce diplôme, le premier de niveau 3 entièrement géré par le ministère de l'Agriculture.

"Avant on devait passer par l'université" pour obtenir un niveau licence, rappelle Romain Jeantet, qui a vu des licences professionnelles fermer pour des "questions de soutenabilité, d'équilibre financier ou de flux d'étudiants".

Une des deux classes ouvertes cette année par l'Institut Agro Rennes-Angers, mention "génie agronomique et transitions" avec un lycée angevin, prend d'ailleurs la relève d'une licence pro qui "avait du mal à se maintenir", souligne M. Jeantet. Il se félicite d'avoir 17 étudiants pour la rentrée, "au-dessus de notre seuil de soutenabilité".

"Des nouvelles méthodes ont besoin d'être enseignées", sur les "ressources humaines" ou "la robotique", juge Philippe Cornu, chargé des questions de formation pour le syndicat Jeunes Agriculteurs (JA).

Mais "le gros enjeu, c'est de communiquer et d'attirer les jeunes vers le métier", ajoute-t-il.

Le diplôme sera étendu et accessible en post-bac sur Parcoursup dès la rentrée 2027, indique le ministère, qui vise dix mentions possibles en 2028, contre six aujourd'hui, et "une centaine de bachelors agro" à horizon 2030.